14 février 2012

Coup de coeur

Des histoires roumaines

Trait de sparation

Née en 2009, la revue Decat o Revista bouscule les stéréotypes. Le pays de Ceausescu n’est plus. Une autre Roumanie se dessine.





C’est élégant, intelligent, bien écrit et ça sent bon le papier. Elle s’appelle Decat o Revista, « juste un magazine », et on la croirait tout droit sortie des ateliers underground de Brooklyn. Elle est roumaine. « DOR », pour les intimes, est une revue trimestrielle née en 2009, à Bucarest, de la frustration d’une poignée de journalistes, graphistes, photographes et de leur envie féroce de relever le niveau d’une presse nationale en déconfiture. Deux ans et demi plus tard, le deuxième numéro de la version anglaise atterrit dans les locaux de XXI, avec un mot : « De la part d’un magazine roumain qui partage vos valeurs. » Étonnement général.

L’aventure commence un soir d’avril 2009, autour d’une bière. Cinq copains employés par la « presse commerciale » roumaine - comprendre « la presse nationale » - sont pris d’une idée folle.« Nous étions fatigués de voir les journaux occupés à vendre des produits plutôt que de faire du travail de qualité. Nous voulions informer, écrire au long cours et exploiter toutes les possibilités graphiques », raconte Cristian Lupsa, rédacteur en chef de la revue. Six mois et 4000 euros plus tard, ils impriment 1500 exemplaires de Decat o Revista. Une bonne trentaine de collaborateurs, la fine fleur de la presse et du design roumain, se joint au projet pour fournir des contributions bénévoles.

Ce numéro zéro n’appelle aucune suite, il a été pensé comme un « one shot » destiné à montrer qu’une autre manière de penser l’information est possible, même en Roumanie. Muselée sous le règne de Ceausescu, la presse roumaine se libère doucement au début des années 1990, avec la chute du régime communiste. Pas pour longtemps. Rachetée en masse par des groupes d’intérêts, elle a beaucoup baissé en qualité ces dernières années. Dans les colonnes des quotidiens, sous couvert de journalisme, se succèdent souvent une collection de publi-reportages.

Pour tous les jeunes de la capitale, Decat o Revista s’impose comme une planche de salut. L’enthousiasme est tel - rapidement, plus de 10 000 fans sur Facebook, aujourd’hui plus de 40 000 - que l’expérience est poursuivie. Sans publicité à sa naissance, DOR accueille quelques annonceurs, triés sur le volet, pour boucler l’équation financière. Orientée culture, la revue livre une image étonnante de la Roumanie, à mille lieues de toutes les facilités habituelles. Certains gratte-papiers de la presse traditionnelle font la fine bouche : « Decat o Revista ne fait pas du journalisme, grognent-ils, elle raconte des histoires. »

DOR est en effet « un magazine d’histoires, parce que nous croyons que les histoires sont le meilleur outil que l’être humain possède pour comprendre son environnement », rétorque l’équipe, qui entend mettre en lumière le meilleur comme le pire de la Roumanie actuelle. En matière de culture, cela donne Dan Perjovschi, illustrateur mondialement connu, qui fait les honneurs de la couverture sans demander un sou, suivi d’un décryptage sans concession du « phénomène » Inna, icône roumaine de la pop commerciale tendance vulgaire qui fait frétiller les dance floor des Balkans jusqu’en Turquie.

Trois ans après sa naissance, Decat o Revista ne peut toujours pas se permettre de payer ses contributeurs, mais ses créateurs ont tenu à lancer une version anglaise (cette fois officiellement nommée DOR), imprimée à crédit, pour se faire connaître auprès de ses modèles, New Yorker en tête. Essai transformé : lorsqu’elle a reçu DOR, une plate-forme britannique de diffusion des meilleurs magazines indépendants en provenance du monde entier a appelé la rédaction afin d’intégrer la revue à son offre. Dès le numéro 2, elle commandait plus de 1000 exemplaires pour les faire suivre à ses abonnés.

Mathilde Boussion

Le numéro 7 de Decat o Revista, hiver 2012, en vente en Roumanie

Vous pouvez consulter l’intégralité du numéro 1 de la version anglaise en pdf et commander la revue sur le site anglais de Decat o Revista.
Pour en savoir plus sur l’édition roumaine : www.decatorevista.ro


P.-S.

Cet article a été réactualisé le 15 février, à 16h25



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Trait de séparation Commentaires
  • Bonjour

    La tendance à la création de ce genre de magazines est je pense mondiale. Allez faire un tour sur "esprit bavard. Algérie autrement dite autrement vue"

    21 février 2012 12:11
    Trait de séparation
  • O revista frumoasa, originala, oarecum eclectica. Sugerez tematici pentru fiecare numar.

    Mihaela Vintiloiu 16 février 2012 14:54
    Trait de séparation