16 janvier 2012

"Kigali, des images
contre un massacre"

Trait de sparation

Sorti en 2006, le documentaire de Jean-Christophe Klotz revient sur le traitement en images du génocide des Tutsis. Il évoque également les interrogations sur le rôle joué par la France.





Lui aussi a traversé le génocide, « un petit peu ». Mai 1994, l’extermination des Tutsis bat son plein. Cameraman envoyé au Rwanda pour le magazine Envoyé Spécial, Jean-Christophe Klotz est l’un des rares journalistes présents sur place. La plupart des médias sont partis au début du génocide, et pas encore de retour avec les troupes françaises, à la mi-juin. Avec ses images de morts et de vivants en sursis, il espérait alerter l’opinion publique, avoir un impact sur le déroulement « des événements ». Mais rien ne se passe. De retour au Rwanda pour un second reportage, il reçoit une balle dans la hanche.

Dix ans plus tard, en 2004, Jean-Christophe Klotz retourne au « pays des mille collines » pour « rouvrir les plaies ». Les siennes ne se sont jamais refermées. « J’avais ces images en moi depuis des années. Je voulais les ramener ici, là où je les avais filmées ». Revenir sur les lieux, sur ses propres pas, retrouver des survivants et leur donner la parole. Exorciser les vieux démons. Des survivants de la paroisse, il en retrouvera. Leur récit est terrifiant.

Jean-Christophe Klotz ne se contente pas de raviver les blessures du passé, il interroge. Sobrement, avec les faits. Il y eut indifférence : « le monde savait » et il ne bougeait pas. Malgré les images, « ses » images.

Il y eut plus que ça. Avec les soldats français débarque enfin l’artillerie médiatique lourde. Le génocide s’affiche tous les soirs au 20 heures : d’interminables colonnes de « réfugiés » rwandais « fuient les massacres » en prenant la route du Zaïre. Les « réfugiés » accueillent les soldats français en libérateurs. Grâce à eux, ils se sentent à l’abri de « la menace imminente ». Ils ont bien raison. A ceci près que ces « réfugiés » ne sont pas des Tutsis victimes du génocide, mais des Hutus et parmi eux de nombreux tueurs, qui fuient l’avance de la rébellion tutsi, seule à mettre fin au génocide. Sur les plateaux télés français, l’Elysée, Alain Juppé, François Léotard ou encore Nicolas Sarkozy entretiennent la confusion.

Au témoignage de Jean-Christophe Klotz s’ajoute celui du général Roméo Dallaire, commandant en chef des Casques Bleus sur place, qui garde un goût amer de l’attitude française au Rwanda. Celui de Bernard Kouchner aussi, qui se revoit en « professionnel du tapage » impuissant : « Nous étions branchés Etats-Unis, Nations Unies, France… Qu’est-ce qu’ils ont fait ces salauds ?! Je sais que Clinton n’a pas fait une seule réunion ! Et pourtant j’aime Clinton. Et j’aimais François Mitterand. » Et d’ajouter, au sujet de l’intervention française : « J’arrive pas à croire que c’était voulu et qu’on allait protéger les salauds, les génocidaires, les pourritures. »

Mathilde Boussion




Kigali, des images contre un massacre, un documentaire de Jean-Christophe Klotz (2006)

Il est possible de se procurer le DVD du film directement auprès du producteur :
ADR PRODUCTIONS
01 43 14 34 34
adr@adr-productions.fr



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