Portes ouvertes XXI

« Lecteurs et journalistes, il faut qu’on change »

Dimanche 20 janvier, XXI donnait rendez-vous à ses lecteurs pour fêter les cinq ans de la revue. Malgré la neige, vous êtes venus nombreux assister à une série de rencontres autour du monde, de ceux qui le lisent et ceux qui l’écrivent. Compte-rendu de cette belle journée.



Le sol était gelé et nous avons - un peu - douté. À voir le 27 de la rue Jacob se remplir malgré la neige tombée en abondance, nous avons eu tort. Dimanche 20 janvier, la revue XXI fêtait ses cinq ans d’existence en ouvrant ses portes à tous. Au programme, une journée de rencontres intitulée « Vivre le journalisme, une histoire d’auteurs et de lecteurs ». Comme l’an passé, beaucoup n’ont pas compté leurs heures – de sommeil, de voiture, de train – avant de pousser la porte pour nous rencontrer. Nous les remercions.


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Entre mille et mille cinq cents personnes se sont succédées dans la librairie du rez-de-chaussée peu habituée à valser avec tant de visages. Certains ont dû patienter à l’extérieur des vitres embuées faute d’espace disponible au chaud. Pour les malchanceux, une consolation. Aucun n’aura manqué l’image du jour : Laurent Beccaria, éditeur et co-fondateur de XXI, et Marie-Pierre Subtil, rédactrice en chef de la revue 6Mois, battant le pavé humide armés de leurs anoraks oranges et de grosses bottes plus habituées à la boue qu’aux rigoles de Saint-Germain-des-Près.

Invité d’honneur de cette journée sous le signe du journalisme, Stéphane Paoli, journaliste à Radio France depuis 1994, qui fut l’un des premiers à soutenir XXI dans son émission « 3D » sur France Inter. « Quand Stéphane parle de journalisme, il en parle pleinement et ça peut-être magnifique », dit Patrick de Saint-Exupéry. Pour des raisons techniques, France Inter n’a pu assurer le direct prévu depuis le 27 rue Jacob. Pendant une heure néanmoins, Stéphane Paoli a tenté de répondre à la question : « Sommes-nous encore les témoins de notre temps ? »

L’homme qui a animé pendant sept ans la matinale d’Inter s’embarrasse rarement des formules d’usage. À la question posée, il répond « non » sans hésiter. Les journalistes ont cessé d’être des témoins en renonçant à explorer la complexité alors même que le monde est infiniment plus difficile à appréhender qu’il ne l’était, dit-il en substance. « Nous sommes face à une génération Google qui prétend apporter une réponse à toute question dès lors qu’elle est posée. Comme si nous pouvions, dès qu’une information tombe, la traiter et y apporter une réponse. Si nous journalistes avons une responsabilité lorsque nous traitons ainsi l’actualité, vous lecteurs avez un devoir d’exigence. Il faut qu’on change, vous et nous. »



Avec huit auteurs de XXI, nous avions choisi d’évoquer une facette du métier qui leur est chère : le souci du détail pour Sylvie Caster, qui fut longtemps l’une des plumes du Canard enchaîné, la curiosité de Guillemette Faure, chroniqueuse au Monde ou le goût de l’ailleurs de Jean-Pierre Perrin, grand reporter à Libération, tout juste rentré de Syrie. Leurs expériences sont autant de réponses au défi permanent posé au journalisme : « Comment décrire le monde ? »

Rémi Lainé est l’un de ces auteurs. Quand il n’écrit pas dans XXI, Rémi réalise des documentaires. Il aime filmer à contretemps de ses camarades. En 2012, il s’est immergé plusieurs mois dans un village d’à peine deux cents âmes au nom devenu familier : Bugarach, désigné par la rumeur comme « le seul village devant échapper à la fin du monde le 21 décembre 2012 ». Après la parution d’un article du New York Times sur le sujet en 2010, le petit village du Languedoc est pris d’assaut par les médias. Ils décrivent un village submergé par la flambée immobilière et les touristes. Rémi Lainé, lui, n’y croise que des habitants lassés... Et des journalistes. En décembre 2012, il se fend d’une tribune dans Libération pour dénoncer « la rumeur, la bêtise et les faisans ». Dimanche, le journaliste racontait comment il a appris à se méfier de la parole des autres :



Frédéric Laffont, auteur du récit Dans les bottes de Clint publié au printemps 2010, est un réalisateur de documentaires qui aime prendre son temps. « Mon travail commence par dire bonjour et au revoir. » Il y a quelques années, Frédéric a rencontré Clint, un authentique cowboy de rodéo. Il l’a filmé, pendant six ans. Une première version du film a été diffusée, mais le réalisateur continue à traverser l’Atlantique pour rendre visite à Clint. « Aller dans le monde ça veut dire essayer d’en saisir les nuances, les contradictions qui échappent à nos représentations communes. Pour ça il faut du temps. Si je veux parler de Clint, ce n’est pas pour sanctifier le cowboy mais pour raconter l’Amérique en profondeur. »

Frédéric Laffont est souvent confronté à la difficulté de produire ses films, trop éloignés des canons du marketing. Une heure plus tard, Stéphane Paoli interroge : « Comment est-on passé de la culture de Hubert Beuve-Méry, “Faites chiant”, à “ Il faut vendre la Une” ? Passer de “ Faire chiant ” à “ Vendre ”, ce n’est pas juste une petite différence sémantique. Dans la question de la rentabilité s’inscrit celle de la rapidité et elle est mortelle. Dans un paysage en recomposition permanente, la seule vérité c’est la durée. Cette temporalité qui nous échappe nous prive du sens. » Un peu plus tôt, Frédéric Laffont illustrait brillamment son propos :



Le journalisme est pour Emmanuel Guibert une histoire d’amitié. Depuis le début des années 2000, il raconte des histoires de vies en bandes dessinées. « Écouter quelqu’un raconter des choses, laisser ces choses engendrer des images en soi et revenir vers l’autre en espérant que les images ne trahiront pas trop ce qui a été vécu, c’est un test de confiance qui donne un sentiment de responsabilité assez fort. » En 2003, il publie le premier tome du Photographe, récit en images du voyage de son ami photographe Didier Lefèvre entre l’Afghanistan et le Pakistan vingt-cinq ans plus tôt. Patrick de Saint-Exupéry a parcouru les mêmes montagnes que Didier Lefèvre à l’époque où l’URSS les bombardait. « En lisant Emmanuel, je reconnaissais les pierres », dit-il.



XXI s’apprête maintenant à partir sur la route. À partir du 24 janvier et jusqu’en juin, Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria seront à Lille, Orléans, Lyon ou Bergerac pour rencontrer les lecteurs et répondre à leurs questions après la publication du Manifeste. Et après ? Quel avenir pour XXI ? « On a trouvé un truc, ça fonctionne, l’idée c’est de le faire encore mieux, tel que c’est. »

Mathilde Boussion (pour l’équipe de XXI)
Avec la collaboration de Vanessa Mercier pour les vidéos


Et en bonus...




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Trait de séparation Commentaires
  • Il y a quelques jours de cela je suis venue au 27 Rue Jacob, entrevoir le lieu d’où sort le vrai journalisme mais je n’ai pas osé entrer.
    Je m’en veux d’apprendre que maintenant que XXI chaque année ouvre ses portes. J’attends en tout cas avec impatience le mois de janvier prochain.

    Et d’ici là sinon, j’oserai peut être au moins vous envoyer un récit _ :)

    Nina 12 mars 18:05
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  • Bonjour,
    J’étais là une partie de la journée, qui était fort riche de propos et échanges très intéressants.
    Et je suis ravie de pouvoir voir/revoir les intervennants dans les vidéos mises en ligne sur votre site internet.
    Une petite remarque sur la forme cependant - de la part d’une lectrice assidue et bienveillante de XXI.
    La prochaine fois, pourquoi ne pas s’appliquer un peu plus pour la captation des interventions ? Cela serait encore plus cohérent avec XXI et 6mois.
    Merci !
    Avec tout mon soutien
    alice

    alice 31 janvier 2013 00:33
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  • Aaaaah j’ai raté ça, mais joyeux anniversaire !!!

    J’ai "enfin" lu le manifeste du journalisme hier. Un diagnostic inquiétant...mais des perspectives optimistes pour la suite ! merci XXI de mettre noir sur blanc ce que pas mal de monde pense tout bas !

    Cliclina 28 janvier 2013 08:58
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  • Un grand merci pour votre initiative, le chaleureux partage de la vie de votre rédaction, votre générosité sincère, votre humilité à regarder le monde avec réalisme et objectivité et ce merveilleux cadeau que vous nous avez offert – et continuez à nous offrir –, celui de nous faire don de votre temps…
    Un immense bravo pour cette journée enrichissante, simple, conviviale, pleine d’espoir et d’optimisme pour le journalisme de demain.
    Des félicitations pour avoir rédigé et mis en scène ce compte-rendu animé de vidéos.
    Je vous souhaite de belles rencontres et de grandes aventures en 2013 que je partagerai avec vous d’une façon ou d’une autre…
    A.D.

    Anne Dancourt 27 janvier 2013 17:56
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