22 février 2012

Procès en appel
de l’affaire Cécilia :
la bande des six (2/2)

Sylvie Caster

Trait de sparation

Le procès en appel des violeurs de Cécilia a duré plusieurs jours. Sylvie Caster, auteur du récit Cécilia, si fragile (N°17 de XXI) était présente quand est tombé le verdict, sidérant.



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©Noemi Schipfer


En quatre jours, nous aurons vu tous les protagonistes du « plan cul » qui a emmené Cécilia à la mort. D’abord Fahem Djermoune et Mounir Tinouiline. Puis Emmanuel Denis et Anis Nafti qui, après avoir renoncé à faire appel, ont été sortis de leur prison pour être entendus comme témoins. Ils viennent pour nier, soutenir ceux qui sont dans le box.

Emmanuel Denis à qui l’on demande si Cécilia était inerte répond : « Bien sûr que non. Je suis un homme. Il me faut un minimum, tout de même ». Il avait déclaré le contraire en première instance.

Ils ont été quatre pour violer Cécilia, mais ils comptaient être six. Alors, on a vu aussi les deux derniers comparses, les retardataires qui, arrivés trop tard à l’hôtel, n’ont pas pu en « profiter », parce que Cécilia « était en trop mauvais état ».

Ces deux protagonistes viennent à la barre en témoins. D’abord, le frère de Fahem Djermoune, Nassim. Dans la famille Djermoune, il y a donc deux garçons pratiquant les « plans cul ». Leur mère vient déclarer à la barre que son fils Fahem est un garçon très gentil, qu’il respecte son père, qu’il respecte sa mère, qu’il respecte même les filles. Il est si gentil qu’il porte le sac des vieilles dames. Une fiancée de Fahem Djermoune déclare aussi qu’il est très gentil.

Nassim Djermoune, à propos de Cécilia : « Cette fille, c’était une nymphomane. » On lui demande : « Et comment le saviez-vous ? Vous ne la connaissiez même pas. » Il répond : « C’est une connaissance à moi qui la connaissait très très bien qui me l’a dit. J’étais invité dans le plan qui devait avoir lieu. On m’a dit : “La fille est bleue.” On m’a raccompagné chez moi et voilà. » S’il pense, ça ne se voit pas.

Ensuite, a comparu le dernier de la bande : Yoann Daschler, 26 ans. Daschler a eu son petit succès à l’audience. Il est apparu comme un personnage folklorique, avec sa faconde et son look d’enfer. Très massif, serré dans un costume bien trop étriqué pour lui, il a une coiffure spéciale, la moitié des cheveux rasée et l’autre moitié chevelue, frisottée, teinte en blanc-bleu. Il est coffreur. Il est le seul de cette bande des six à porter costume et à manier le langage avec facilité. Il se présente en expert des « plans cul ».

L’avocate de la défense lui demande : « Pouvez- nous dire comme se passent ces “plans culs” ? »Lui répond en spécialiste : « Hé bien, ça se passe en général à l’hôtel, mais cela peut se passer en privé, chez un particulier ou dans une voiture ». Il ajoute : « Il y a des PQH et des PQF.
- C’est-à-dire ?, lui demande-t-on.
- C’est-à-dire des plans cul hommes et des plans cul filles ».

« Moi-même, continue Daschler, j’ai été pris dans un plan cul fille. Je devais passer une soirée de parties de jambes en l’air avec une fille et sa sœur est arrivée pour y participer. » Ayant compris que ces « plans cul hommes » font encourir au bas mot huit ans de prison, voilà qu’il convoque « les filles », toutes prêtes à se jeter sur lui. « Les femmes, s’exclame-t-il, sont elles aussi des êtres de chair et de sang, elles ont des désirs. » Il théorise : « De nos jours, il y a un fossé qui se crée entre la moralité et la jeunesse. Ce n’est peut-être pas moral, mais c’est dans la société. » Il ajoute devant la cour d’assises : « C’est une évolution des tendances, pas une généralité. »

Il amuse la galerie en théoricien des « plans cul », mais il n’est pas si amusant que ça. Il attendait son tour dans le couloir de l’hôtel pour « niquer » Cécilia. Il s’est fait ramener chez lui parce qu’elle était « en trop mauvais état », c’est-à-dire déjà morte. Il a eu de la chance, Daschler. Il est arrivé trop tard. Il n’est pas dans le box.

Le second frère Djermoune a eu la même chance. Il attendait aussi dans le couloir.

Au cinquième jour d’audience, l’Avocate générale, Solange Legras requiert une majoration de la peine des deux condamnés qui font appel, elle demande 18 ans. Elle aurait minorée la peine si les accusés avaient fait quelques progrès en humanité, dit-elle, mais « ils se sont refilés une femme qui était à l’agonie, comme une serpillière. Ils se sont servis d’elle comme d’une chose jusqu’à la mort. »

Elle soulève un point resté jusque-là dans l’ombre : « Tinouiline était le premier dans la chambre, mais il est apparu qu’il était aussi le dernier. Il a voulu en profiter jusqu’au bout », puis elle se tourne vers les deux derniers de la bande, assis sur les bancs du public : « Nasim Djermoune et Monsieur Daschler étaient là. Ils attendaient dans le couloir. Ils sont là, ils se sont comportés comme des chacals, ce sont des chacals. Oui, je vous regarde Monsieur Daschler et je vous dis “Vous êtes un chacal”. »

Outragé, Monsieur Daschler se lève et quitte la salle. L’Avocate générale continue : « Les accusés ont une responsabilité essentielle dans la mort de Cécilia. Ils n’ont pas appelé les secours. Ils l’ont laissée mourir dans ses vomissures. Je demande une condamnation sévère. Ce n’est qu’à ce prix que nous ferons passer que les tournantes non consenties ne sont pas “normales”. Ils nous ont dit que cela se pratiquait beaucoup dans leurs quartiers. Alors je vous demande de leur adresser un message. Non, ce n’est pas normal. Il n’est pas normal que le viol soit considéré comme un “amusement”, “un délire entre garçons”. C’est le mépris, le mépris absolu de la femme. »

L’Avocate générale requiert dix huit ans. La défense plaide l’acquittement. A la surprise générale, les jurés donnent dix ans.

Djermoune voit sa peine baissée de trois ans, Tinouiline de cinq ans.

Dix ans ! Eux-mêmes, pensant aux risques qu’ils encouraient, se disaient : « C’est du gros. Quinze piges. » Mais non. C’est du moins gros. Dix ans.



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Trait de séparation Commentaires
  • Ce verdict, c’est un choc.

    Que ces individus, dont les faits montrent qu’ils sont dénués de la moindre conscience morale et du moindre sentiment de compassion, poussent le vice jusqu’à faire appel après le premier procès, c’est compréhensible (on peut y voir une certaine cohérence dans leurs comportements...). Mais que la Justice, sous les traits humains des jurés, prononce ce verdict, c’est déconcertant.

    Des peines abaissées d’un tiers environ, comment entendre ce verdict autrement que sous la forme d’une certaine disculpation des accusés ? Quel message délivre la Justice, en n’appliquant pas la peine maximale face à ce type de comportements de violence tribale ? Comment peut-on comprendre qu’elle fasse preuve d’une certaine indulgence dans cette affaire où les accusés n’en ont eu aucune envers leur victime ?

    Le secret de la délibération fait ressortir une décision sèche, tranchante, sans clef de compréhension, et dans le cas présent, complètement inaudible.
    Abasourdie, sans voix, hébétée, ahurie, dans ce flot de consternation, une petite question surgit et ne cesse de me titiller : mais quel cas mériterait-il alors la peine maximale... ?

    Sophie 6 mai 10:39
    Trait de séparation
  • Bonjour ,
    Nous avons été écoeurées , moi et ma fille à la lecture de cet article sur Cécilia .
    Depuis , nous cherchons un moyen de témoigner notre soutien à sa famille , est ce qu’il existe un site ou nous pourrions accéder , il y a t’il une pétition que l’on puisse signer ?

    C’est tellement effarant de voir comment une femme peut être considéré par ces mecs qui ne sont même pas dignes d’être comparés à des animaux ....

    Affreux , et déprimant de voir ce que la justice propose , heureusement que vous en avez parlé , merci

    une nouvelle lectrice de la revue 21

    22 avril 16:37
    Trait de séparation
  • Honte à ces mères qui ont instillé un si maigre respect de la femme dans la petite cervelle de leur progéniture. C’est répugnant. Honte aussi aux misérables filles qui ont osé monter à la barre pour les défendre. Les femmes comme vous nous désservent ; éduquer vos fils !!!!!C’est un scandale. Mon admiration va aux parents de la victime qui ont tenu bon face à tant de mesquinerie et de cruauté.

    scandalisée 7 mars 11:23
    Trait de séparation
  • Consternant !
    Je suis en colère. Jusqu’au terme de votre article j’ai cru (voulu croire) que la peine de ces chacals serait majorée.
    L’idée même de faire appel n’a fait qu’ajouter au dégoût que m’inspiraient ces monstres plein de mépris pour les femmes.
    Quel message adressent les jurés ? de qui, de quoi était-il constitué ?
    Je suis désolé pour la famille de cette victime qui a du revivre ce calvaire.

    Patrick MICHEL 5 mars 13:03
    Trait de séparation
  • Cette affaire est parfaitement écœurante, à la simple lecture dans votre magazine j’ai eu des frissons et des hauts le cœurs. Je m’inquiète vraiment sur la santé mentale de ses 6 individus sans morales apparentes : qui, en plus d’avoir commis un viol (ce qui est déjà un acte immoral en soi), on tué cette femme (et peu importe qu’elle soit fragile, fille facile ou prostitué) dans des conditions parfaitement irresponsables... Je me demande vraiment si ils ont pu imaginer une fin moins tragique, qu’espéraient-ils en agissant de la sorte ? Un merci de la part de cette femme ?

    Je suis vraiment dégouté, moi qui ait toujours cru que l’homme était fondamentalement bon, je me demande de plus en plus si ce n’est pas l’inverse...

    Fin soit, merci XXI de m’avoir faire découvrir une affaire de la sorte, ça fait réfléchir... beaucoup même.

    Julien 29 février 00:52
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