Edito
A 6 Mois, nous croyons que ce journalisme en image est possible. L’engagement d’Eugene Smith, qui voulait « plonger au cœur de l’image » et réaliser le reportage total, a marqué les esprits. Cet « instant décisif », dont Henri Cartier-Bresson parlait à propos de la photographie, a imposé la photo au cœur des journaux. Notre mémoire collective est empreinte des reportages de Brassaï, Boubat, Doisneau, des images de la guerre d’Indochine et de celle du Vietnam, du désert de Depardon, des fermiers américains de Richard Avedon, des foules chinoises de Marc Riboud.
Mais le cadre du photojournalisme a explosé. Le marketing et le numérique ont modifié la donne. Inexorablement, l’illustration remplace le reportage. Chaque jour, trois agences internationales – AFP, Reuters, AP – avec une myriade de correspondants locaux, inondent d’images d’actualité les sites, les téléphones, les magazines, les gratuits.
La photographie et le journalisme ont changé. Alors nous avons imaginé 6 Mois, pour refonder le lien entre le journalisme et la photo, renouer le pacte entre le lecteur et les photographes, trouver le point de rencontre entre l’appétit du public et l’énergie parfois stupéfiante des auteurs.
Les repères qui nous guident sont éternels : authenticité, pertinence, engagement. Il en faut du courage et de l’envie pour passer des semaines, des mois, parfois des années sur un sujet. Il en faut de l’exigence et de la patience.
Mais 6 Mois est une aventure pour des temps nouveaux. Nous habitons une petite planète de près de sept milliards d’individus. Ce siècle est jeune. Il se façonne au Brésil, en Indonésie, en Chine, en Egypte. Aussi les auteurs qui nous ont rejoints sont chinois, équatoriens, russes, belges, canadiens, somaliens, américains, français… La liste des crédits photographiques rassemble plus de vingt nationalités.
Il faut voir loin et embrasser l’époque. D’autres pays, en Europe, en Amérique du Nord, mais aussi en Amérique latine et en Asie, vont nous rejoindre, au fil des numéros. Les textes seront traduits, le contenu sera le même, la parution simultanée. Deux fois par an, aux premiers jours du printemps et aux premiers jours de l’automne, 6 Mois sera un trait d’union entre les continents.
Un dernier mot, le plus important évidemment. Pour vivre et se développer, 6 Mois ne compte ni sur la publicité ni sur le mécénat, mais tout simplement sur vous, ses lecteurs.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry


















