N°19 - Été 2012

ombre
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Sommaire et Edito

L’histoire cette fois-ci nous vient du Japon. Il y a un peu plus d’un an, le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter suivi d’un tsunami ravageait la ville d’Ishinomaki, comme plusieurs autres ports du nord-ouest du Japon. Les eaux recouvrirent rapidement une grande partie des rues. Lorsqu’elles se retirèrent, un paysage de désolation avait remplacé la ville portuaire. Les habitants étaient coupés du monde, sans électricité ni téléphone.

Au siège du journal local Ishinomaki Hibi Shimbun, la rédaction fut frappée de plein fouet. Une photo prise ce matin-là, quelques minutes après le tremblement de terre, saisit trois de ses journalistes, le visage figé de stupeur au milieu des dégâts : imprimerie et rotatives inondées, installations hors service, tiroirs éventrés, ordinateurs brisés et téléphones muets. Après quatre-vingt-dix-neuf ans d’existence, le quotidien vendait 11 000 exemplaires chaque jour et il n’était pas question de manquer un jour de parution. Son directeur Ômi Kôichi raconte : « Nous nous sommes demandé ce que nous devions faire. La réponse a été évidente : sélectionner les informations indispensables à la population locale et les lui transmettre. Il était crucial d’éviter les débordements liés aux rumeurs qui peuvent voir le jour dans ce genre de situation. »

Entre le séisme et l’alerte du tsunami, six reporters étaient déjà partis sur le terrain. À leur suite, toute la rédaction se jeta à corps perdu dans l’aventure. Les vingt-sept salariés, y compris l’administration du journal, étaient possédés par « la mission de raconter ». Ils réinventèrent le journalisme de nécessité, au plus près possible des faits, et composèrent des journaux muraux qu’ils placardèrent chaque matin dans les rues, jusqu’au retour à la vie normale.

L’émotion dégagée par ces pages, calligraphiées au marqueur et au feutre noir, n’a d’égal que le réconfort et l’utilité qu’elles ont prodigués aux survivants de la catastrophe. La une du journal mural, au lendemain de la désolation, disait tout : « Séisme le plus fort jamais enregistré dans l’archipel et tsunami géant », « La région d’Ishinomaki très fortement secouée », « Pour des actions fondées sur des informations exactes ! »

Dans un remarquable fascicule bleu, supplément à Zoom Japon, qui accompagnait l’exposition récente de ces journaux muraux au musée Guimet, le rédacteur en chef du quotidien, Takeuchi Hiroyuki, souligne : « L’humain vit d’eau, de nourriture et d’information. C’est au contact d’informations solides que les enfants développent leur capacité de décision. Un journal, c’est un ensemble d’informations que les journalistes ont eux-mêmes vérifiées et c’est pour cela qu’on peut lui faire confiance. »

« Pour des actions fondées sur des informations exactes ! » La phrase changea la vie des habitants de la ville dans les semaines qui suivirent la catastrophe. Elle pourrait devenir le mot d’ordre du journalisme du XXIe siècle. Au Japon, bien sûr, où l’omerta règne trop souvent, notamment en matière nucléaire. Mais aussi en France, où l’exactitude n’est pas toujours une priorité, en ces temps d’information surabondante, éphémère et à bas coût.

À sa manière, le philosophe Uchida Tatsuru tire les leçons de la parabole d’Ishinomaki : les médias, écrit-il, sont « la conscience de notre société et notre roman autobiographique (…). Ce dont les médias ont besoin actuellement, c’est de chair. Pour que les médias reviennent à la vie, ils n’ont pas d’autre choix que de redevenir des êtres vivants ». On ne saurait mieux dire.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry



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