20 février 2013

Tendresse radio

Trait de sparation

Le documentaire « Silence radio » plonge dans la vie d’une petite radio associative qui égaie le quotidien des Picards



Du papier peint à fleurs, des meubles en formica et, dans chaque cuisine, près de chaque lit, une radio, un transistor qui crache, des antennes immenses qu’il faut sans cesse réorienter et des grésillements qui habillent le quotidien. Silence Radio, du réalisateur belge Valéry Rosier, est un hommage à une radio associative picarde, Puisaleine, qui accompagne jusque dans leur intimité les gens les plus seuls. « Souvent, le documentaire porte un regard amer sur une société qui construit la solitude, dit-il. J’avais envie de célébrer au contraire ces gens qui, par leur passion et leur bénévolat, créent du lien, poussent les gens vers l’extérieur, vers les autres.  »

Dans les locaux de Radio Puisaleine, à Carlepont dans l’Oise, une star locale présente son dernier disque et, derrière la vitre du studio, des dames se pâment pour le séduire. La nuit, Madame horoscope fait son show et se transforme, sous couvert de vérité astrologique, en conseillère matrimoniale. Dans les bals que la radio organise, on danse le tango ou le madison tandis que les esseulés restent dans leur coin, ressassant un refrain d’amour et le souvenir de l’être aimé. En régie, on s’emmêle les pinceaux, on se trompe dans les boutons et le disque ne part pas… Silence radio.

Valéry Rosier, 36 ans, a d’abord beaucoup ri en écoutant Radio Puisaleine sur la route de la Picardie, où travaillait son père. Qui étaient ses gens qui vendaient au micro une remorque rouge ou des assortiment de couverts ? Il a poussé la porte pour comprendre. Fasciné par la chanson française d’après-guerre, il s’est pris au jeu. Et, trois ans durant, il a essayé de convaincre les bénévoles de participer à un documentaire sur leur radio. Jusqu’à animer lui-même une émission.

Devant sa caméra, chaque personnage chante, regard dans le vide, sa chanson préférée. Il y a du Brel, du Tino Rossi, mais celle qui revient le plus, c’est « Les roses blanches », de Berthe Silva. Le spectateur sait que le réalisateur s’est parfois fait metteur en scène, mais qu’importe : c’était une manière, pour Valéry Rosier, d’associer les habitants à la construction du film, de ne jamais les prendre en traître, de ne jamais rire d’eux à leur dépens, façon Strip-Tease, ses confrères belges. Lui parle de « documentaire participatif ».

Un jour, Puisaleine n’émet plus, « panne de faisceau ». Valéry Rosier filme le silence, l’aspirine qui crépite dans le verre d’eau, l’immense solitude. Tout ce qui assommerait les hommes si la radio n’existait plus.

Marion Quillard

Silence Radio , de Valéry Rosier (produit par Need Productions et Perspectives Films) a reçu le premier prix dans la catégorie « Documentaire de création » au Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) 2013, ainsi que le prix Mitrani et le prix Télérama. Sur son site Internet, l’hebdomadaire diffusera le documentaire les 23 et 24 février prochain.

Cliquez ci-dessous pour regarder la bande-annonce :



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