23 août 2013

Un vendredi à Jeppestown

Trait de sparation

Le temps d’une journée, un documentaire suit cinq habitants de Jeppestown, un quartier historique de Johannesburg, en Afrique du Sud. « Jeppe on a Friday » sera diffusé en France à la rentrée.



Un matin quelconque, un vendredi comme les autres. Le quartier de Jeppestown, l’un des plus vieux de Johannesburg, en Afrique du Sud, sort de sa torpeur nocturne. Le film ouvre, comme une ritournelle universelle, par un animateur de radio qui nous souhaite une bonne journée. L’idée est simple : Jeppe on a Friday sera le récit de cette journée ordinaire.

Pour ce documentaire chorale, huit cinéastes, armés d’autant de caméras, filment plusieurs habitants au cours de ces vingt-quatre heures. Arouna, restaurateur venu du Bénin, prie avant d’ouvrir sa cantine. Robert, musicien zoulou habitué à la proximité des foyers de travailleurs, se recoiffe devant un bout de miroir. Vusi est sur la route depuis plusieurs heures déjà : le jeune homme ramasse pour survivre les déchets d’une banlieue résidentielle de Jeppestown. Le pimpant JJ, promoteur immobilier, cale des rendez-vous, le téléphone greffé à l’oreille, pour sauter sur tous les bâtiments encore debout qui pourraient soutenir ses grands projets de gentrification. Un peu plus loin, Ravi, un commerçant indien qui a passé plus de soixante-cinq ans dans le quartier, attend le chaland dans sa boutique d’encadrement.

Par son quotidien, ses habitudes, sa façon d’être au monde, chacun incarne une facette de cette société multiculturelle sud-africaine. Alors que l’un fait les poubelles, l’autre raconte qu’en arrivant de son Bénin natal, il était estomaqué par la richesse du pays : « Je me suis dit que je m’étais trompé d’avion, que peut-être j’étais arrivé en Europe… » L’un voit les petits commerçants du quartier fermer un à un, l’autre prévoit de construire un centre-ville branché pour la nouvelle bourgeoisie. Un autre encore doit jouer de la musique pour des chefs de villages alors qu’il vit dans un foyer pour hommes, verrues des villes surpeuplées.

Aucun ne se croise. Les réalisatrices, la Canadienne Shannon Walsh et la Sud-Africaine Arya Lalloo, montrent un pays où l’on ne vit pas « ensemble », mais « à côté » les uns des autres. Leur film est aussi mosaïque que le quartier qu’elles décrivent : un endroit où, en 2008, dix-sept ans après la fin de l’apartheid, des hommes armés ont pu saccager les rues en hurlant des discours xénophobes. « Avant, je ne savais même pas ce que c’était, la xénophobie », raconte Arouna. Il doit rester enfermé pendant dix jours dans son petit appartement avec sa famille et des voisins Maliens.

Plus tard dans le documentaire, il explique pourquoi il ne se rend jamais aux alentours des foyers de travailleurs : la rumeur en fait le lieu de tous les crimes. Au même moment, à quelques mètres de là, Robert s’adonne un gospel théâtral et joyeux devant un public mi-amusé mi-fervent, loin du cliché d’ultra-violence qui pèse sur son centre d’hébergement. Peur de l’autre, racisme ordinaire, mais aussi fureur de vivre et incroyable capacité à rebondir… L’air de rien, Jeppe on a Friday capte l’esprit d’un lieu et d’une époque.

Marion Quillard



Jeppe on a Friday
de Shannon Walsh et Arya Lalloo
Avec Kitso Lynn Lelliott, Lucilla Blankenberg, Mujahid Safodien, Natalie Haarhoff, Ryley Grunenwald et Xoliswa Sithole



Le documentaire sera diffusé le 10 octobre au Centre Pompidou à Paris
Plus d’infos :www.centrepompidou.fr/



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