25 octobre 2012

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Trait de sparation

Le choix de Jean-François Delapré, librairie Saint-Christophe (Lesneven, 29)



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©Brigitte Bouillot


C’est une histoire de chemin de traverse. Elle est aussi d’un autre temps, d’une époque où la télévision française comptait seulement deux chaînes et Internet n’existait pas. Né au début des années 60, Jean-François Delapré est le fils d’un ouvrier à l’Arsenal de Brest et d’une mère au foyer. Dans la famille, on écoutait la radio à fond et lisait de tout, en quantité : des encyclopédies, la collection Tout l’univers, les premiers livres de poche ou la Bible achetée par correspondance en vingt volumes…

Le hasard fait que Jean-François devient percepteur au Trésor public, pendant 10 ans. Un jour, une contribuable à qui il obtient des délais de paiement lui explique que la librairie Saint-Christophe de Lesneven, une petite ville à la pointe du Finistère, est à vendre. C’est un établissement un peu vieillot, sur le déclin. Jean-François le connaît bien pour y dépenser en livres une bonne partie de son salaire. Le soir-même, il invite sa femme au restaurant et lui annonce qu’il va racheter les lieux. A 28 ans, l’ancien percepteur devient libraire.

Jean-François Delapré : « Exercer ce métier m’a permis de ne plus m’approprier les livres. Avant, je les accumulais et ne voulais rien donner ni même prêter ; aujourd’hui, je les conseille et les vends. Quand j’ai racheté la librairie, une amie de ma mère m’a lancé qu’être libraire ce n’était pas être commerçant. C’est plutôt l’inverse : être libraire, c’est être avant tout un commerçant — mais à part. »

D’une surface de 160 m2 et employant 5 salariés, Saint-Christophe se distingue par un sens rare et juste de la proximité. « Nous avons besoin d’apporter quelque chose à nos clients qu’ils ne retrouveront pas ailleurs. Je suis toujours surpris et heureux quand des gens de passage me disent qu’ils se sentent bien chez nous ». Avec le temps, Jean-François a acquis une réputation qui va au-delà de sa ville : un été, des vacanciers du sud-est, lecteurs fidèles de ses articles dans Page (le magazine des libraires) ont fait un crochet pour venir le saluer. La librairie Saint-Christophe, c’est aussi Madame Martin, cette vieille dame de Quimper qui l’appelle toujours avant d’aller acheter ses livres chez un confrère… « Plutôt que parler de clients, je préfère dire ‘des amis’ ». On le croit sur parole.

Cette semaine, Jean-François Delapré a choisi de nous faire découvrir La danseuse de Varsovie, le deuxième roman d’Arnost Lustig.

« Comme le disait l’auteur, ‘les femmes ont ce quelque chose qui fait vivre les poètes’, et cela se vérifie dans ce magnifique roman inspiré d’une histoire vraie. Nous sommes en 1943, à Auschwitz. Parce qu’elle ne veut pas mourir, Katarzyna Horowitz va se retrouver aux côtés d’hommes d’affaires juifs américains qui ont monnayé cher leur libération du camp d’extermination. Bien évidemment, tout ceci n’est qu’une escroquerie fomentée par le nazi Friedrich Brenske. Il ne restera alors à Katarzyna qu’une dernière danse... Plus qu’un chant pour la liberté, La danseuse de Varsovie fait partie de ces romans rares qui assiègent la mémoire. »

Pierre Bottura


La danseuse de Varsovie, Arnost Lustig.
Traduit du tchèque par Erika Abrams.
Galaade, 224 pages. 18 euros.


Librairie Saint-Christophe
11, rue du Général de Gaulle, 29260 Lesneven.
Tél : 02.98.83.01.97
Site : http://saintchristophe-lesneven.com

Vous n’habitez pas à Lesneven et souhaitez consulter ou commander cet ouvrage, rendez-vous sur :

www.placedeslibraires.fr
www.lalibrairie.com



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