Alléluia Epiphane

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esena, Italie. Église San Domenico.

Mon ami Epiphane chante l’Alléluia pendant la messe. Il n’est peut-être pas un grand chanteur mais il y met beaucoup d’énergie. Les fidèles applaudissent.

Epiphane vient du Bénin, son père est guérisseur vaudou. Est-ce ce qui rend l’Alléluia si émouvant ?

« Ce chant est magnifique, dit Epiphane. La première fois que je l’ai entendu j’ai été très ému. J’étais avec mon oncle, lui était musulman, un type curieux. Un jour il m’a dit : ”Mets tes chaussures. À la mission, des gens chantent. Peut-être que ça pourrait nous plaire, allons écouter.” L’année suivante mon oncle était devenu catholique. À 18 ans, je me suis fait baptisé moi aussi et je suis devenu chrétien. Personne dans la famille n’avait quelque chose à y redire : les missionnaires étaient de braves gens, sympathiques, bons. En fait, le christianisme était considéré – et l’est toujours – comme une bonne chose. Ensuite seulement j’ai lu la Bible… Et toi (il se tourne vers moi), tu l’as lue, la Bible ? Non ? Dommage. »

À ce moment la voix d’Epiphane change de ton, devenant celle des prêcheurs qui tentent de ramener à la raison les brebis égarées. Je le lui dis. Epiphane est plein d’esprit et le ton du prêcheur disparaît derrière un grand rire. À nouveau entre nous l’ambiance est simple, fluide. L’ambiance, j’imagine, dans laquelle baigne sa famille, où vaudous, musulmans et chrétiens mangent ensemble et discutent tranquillement de tout et de rien. »

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Ugo Bertotti

Je suis né à Trento, en Italie, en 1954, et j’ai commencé mon travail d’illustrateur dans les années 1980 à Milan. Je travaille pour de nombreuses revues, parfois en France : XXI a notamment publié un récit graphique élaboré avec Agnès Montanari, "Femmes du Yémen".

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