Au pays de la mousson

Anna OtzA

Ho Chi Minh, chaque balade est une rencontre. On ne communique pas seulement avec des mots, l’échange nait parfois de peu. Beaucoup de visages restent en ma mémoire, ils me transmettent leur bienveillance, leur curiosité et leur énergie. Je suis assise avec un café, j’observe les vendeurs ambulants. Dans leur façon de se parler, ou de s’occuper du stand de l’autre, on a l’impression d’une même famille. L’espace est partagé et personne ne se fait concurrence, comme s’il y avait une conscience collective, comme si chacun vivait convaincu qu’il ne s’en sortirait pas mieux seul.

Au pays de la mousson, les rues résonnent de sourires.

Quand je suis seule il y a toujours quelqu’un qui vient me parler. Quand je dessine, on vient voir… J’emmagasine alors toute la scène qui m’entoure. La mémoire dépasse les bords de mon cadrage. La dame qui vend des outils sur le trottoir et qui m’offre de m’asseoir sur une chaise en plastique à côté d’elle ; le regard amusé du gardien de scooter qui me laisse sa place ; cette patate douce apportée par des vendeuses dont les chariots étaient un peu plus loin… Les discussions qui parlent de moi, le son de la glace pilée, le manège des scooters qui se garent et repartent dans une danse permanente.

Dans chaque rue perdue d’Ho Chi Minh se cache la surprise d’une rencontre. Le visage du Vietnam ce sont tous ces visages. Une toute petite vieille dame, vendeuse de ticket de loteries, avec qui j’ai partagé une soupe au marché Ba Chieu. La dame à qui j’ai acheté une lunchbox et une cafetière dans ce même marché, qui parlait anglais, et avait visitée Paris dont elle me citait le nom des monuments. Cette femme à qui j’ai demandé mon chemin, laissée apparemment au mauvais endroit par mon bus, et qui m’a conduite sur son scooter en parlant français.

Et puis il y a Lieu, la dame du café d’en bas. Je n’aurais pas survécue à mes journées de travail sans elle. Le café ou la sieste. Je prenais le café. Pour le plaisir d’observer la rue et de l’entendre me parler vietnamien quand entre deux commandes elle venait s’asseoir à côté de moi.

Et Mme Lan, la meilleure cuisinière du quartier. Qui m’a prise dans ses bras avec les larmes aux yeux lorsque je suis venu manger mon dernier Mien Tron

« Aujourd’hui c’est le 25 ! » Lieu compte les jours avec moi…

Le gardien du parking l’appelle, il lui demande quand est-ce que je m’en vais.

« Le 28 ! » …

IMG_0776rec

Anna Otz

Née à Besançon (en 1988), j’ai fait mes études à Nancy, et suis actuellement installée en Franche-Comté comme architecte indépendante. J’ai toujours dessiné, et c’est en partie ce qui m’a mené à l’architecture. J’ai été aussi énormément influencée par mes voyages. Entrainée dans différents pays par mes parents dès mon plus jeune âge, j’y ai découvert le plaisir d’observer d’autres cultures, d’autres modes de vie. Depuis je me créée des occasions pour partir vivre à l’étranger. Je retrouve Besançon après 7 mois en Chine, 7 mois au Vietnam. Le dessin m’a permis d’échanger avec les gens lorsque je ne parlais pas un mot de leur langue. C'est un moyen de s’imprégner, de créer le contact, au delà de la barrière de la langue. J'ai des histoires à raconter avec chaque croquis…

Les dessins précédents