Edda et Leon

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gauche, c’est Edda, ma tante. À 85 ans, elle gère une petite maison d’hôte à côté de Rimini, sur la côte est italienne. Lui, c’est Leon, 35 ans, un Indien « homme à tout faire » qui travaille à son service.

Leon pourrait être considéré comme un esclave. Il a une chambre près de la maison d’Edda, et quelques heures de liberté seulement, qu’il utilise en se promenant et en écoutant de la musique. Il est silencieux, obéissant, consciencieux, gentil.

Ma tante est un peu sénile et souvent, elle demande à Leon de faire des choses inutiles. Il s’emporte, lui explique que des clients doivent arriver, qu’il a besoin de ranger la pièce, etc. Edda est veuve mais parfois, j’ai l’impression qu’ils se disputent comme mari et femme.

Leon abdique toujours – la patronne, c’est quand même ma tante – et dit : « Ok, c’est bon. » En fait, il fait à sa manière et ma tante s’en satisfait : sans lui, la maison d’hôte ne tournerait pas.

Edda et Leon discutent, se bagarrent, font la paix. Mais il ne lui avait jamais dit « Va te faire foutre. » jusqu’à ce jour. Dans la bouche de Leon, c’était comme un blasphème dans la bouche du Pape. Edda s’est mise à rire, tout à coup, et lui a demandé pourquoi. Même si l’attitude de ma tante comporte évidemment un relent de colonialisme, je crois qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. Et vice-versa. Ils s’aiment au-delà des rôles et des convenances. »

Propos recueillis par Marion Quillard

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Ugo Bertotti

Je suis né à Trento, en Italie, en 1954, et j’ai commencé mon travail d’illustrateur dans les années 1980 à Milan. Je travaille pour de nombreuses revues, parfois en France : XXI a notamment publié un récit graphique élaboré avec Agnès Montanari, "Femmes du Yémen".

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