« Il n’y a pas de hasard »

Mars Gambetta 2U

ne terrasse couverte offrant une vue dégagée sur un coin de rue ordinaire du XXe arrondissement de Paris, un temps pas trop froid en cette fin de journée de mars… Un moment idéal pour ouvrir mon carnet.

Ici, un vendeur de roses commence sa tournée. Là, une publicité en quatre par trois m’inquiète : « OUI JE SAIS, JE SUIS SUR BMFTV ». Le ciel s’assombrit et précise le décor de l’autre côté du boulevard. Au dernier étage d’un immeuble, une fenêtre éclairée attire mon regard. Qui peut vivre là-haut ? A quelques mètres, le disque blanc d’une antenne satellite pourrait passer pour la Lune.

Je termine rarement les dessins d’architecture. Il y a toujours un camion de livraison ou une voiture qui finit par se garer devant moi pour boucher le paysage. Pas ce soir. Ce soir, je prends plaisir à reproduire les graffitis sur le rideau de fer d’une boucherie. Il y a vingt ans, Paris en était tatouée. Il n’y en a plus guère aujourd’hui.

Une heure plus tôt, j’ai croisé une vieille connaissance avec qui je faisais des graffitis il y a bien longtemps. Même si nous n’avons plus grand-chose à nous dire, reste le souvenir de ces moments passés ensemble. En y repensant, je comprends pourquoi je suis en train de dessiner cette vue. Il n’y a pas vraiment de hasard.

Autoportrait

Benjamin Chaumaz

Dessinateur né en 1977, je vis et travaille à Paris. Auteur de Nationale 13 et 33 tours chez l’Association, je collabore régulièrement avec Lapin, une revue de bande dessinée indépendante, et Le Monde pour la presse. 

Les dessins précédents