Je n’ai pas réussi à le faire aussi beau qu’il est

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n juillet dernier, je suis parti au Rwanda avec Patrick de Saint-Exupéry. Nous avons suivi ensemble le « chemin du génocide », les villages qu’il a traversés en 1994, et nous sommes arrêtés longuement sur les collines de Bisesero où plusieurs dizaines de milliers de Tutsis ont été massacrés.

Ce jour-là, j’y étais retourné seul. Je suis monté au sommet pour dessiner ces collines très vertes, magnifiques, silencieuses, qui s’étalaient sous un ciel éclatant. Il n’y avait aucune trace du génocide, juste des villages de campagne avec des gens de rien qui vivent à la marge du monde. Un paysage apaisant, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Quand je suis redescendu, un groupe de personnes s’était formé autour de ma moto-taxi. Il y avait ce vieux monsieur, Muganza Usiel, qui dégageait un truc incroyable. J’ai demandé si je pouvais le dessiner et il a pris la pose, très fièrement, au milieu de la route. Je me souviens encore de son visage et de sa posture de vieux sage. À 52 ans, il avait toujours habité là. Ça veut dire qu’il avait vécu la traque pendant le génocide, qu’il était un survivant. Mais lui ne s’est pas appesanti. Il a juste dit : « J’étais là. » et j’ai respecté sa pudeur.

J’ai eu énormément de mal à le dessiner. Je ne voulais pas le rater mais résultat, je me suis mis la pression et je n’ai pas réussi à le faire aussi beau qu’il est. Ça arrive parfois, quand on a trop d’empathie.

Et puis ensuite, tous les autres ont pris la pose et on est allés prendre un pot. On n’a pas beaucoup parlé, on a dessiné des bananes. C’était juste un aparté dans leur journée et dans la mienne. Un tout petit moment. »

Propos recueillis par Marion Quillard

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Hippolyte

Enfant je rêvais d’être reporter. Ou dessinateur. Une sorte de Tintin artiste. Pendant dix ans j’ai dessiné pour la presse et l’édition. XXI a publié mon premier reportage en 2008, « L’Afrique de papa ». Trois ans plus tard, XXI me recontacte et je m’envole au Congo. Dans les pas de Tintin. En essayant de voir un peu plus loin. En 2014, j'ai publié un troisième récit pour la revue, Bataye Kok, qui se penche sur les batailles de coqs, l'une des passions de l'île de la Réunion où je suis installé.

Voir en ligne : http://www.hippolyte.viewbook.com

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