Je t’embrasse, Ruso

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epuis deux ans, je prépare avec mon ami Hernan Gonzales un roman graphique intitulé Llamarada. L’histoire débute à l’époque où mon grand-père, José Maria Gonzales, jouait au football dans le club d’Avellaneda, en Argentine. En amateur, pour l’amour du maillot. Ses camarades l’appelaient « Ruso » à cause de ses cheveux roux.

Un jour, alors que je le dessinais, j’ai eu l’idée de lui écrire une lettre. Mon grand père est mort il y a un moment mais d’une certaine manière, j’avais déjà l’impression de dialoguer avec lui avec mon crayon.

J’ai écrit :
« Viens, viens et raconte moi, assieds-toi, regarde-moi et raconte-moi. Dis-moi, grand père… Que voyais tu quand tu me regardais jouer dans le parc quand j’étais petit ? Tu portais un bonnet et une écharpe marron, un élégant costume. Tu me regardais jouer au foot tout en collant la radio à ton oreille pour ne pas rater une miette des matchs du dimanche.

Que voyais tu, mon grand-père adoré ? Le saurai-je quand je serai grand-père à mon tour ? Viens, viens et raconte-moi ce qu’était le football pour toi, à l’époque où on ne jouait pas pour la coupe mais pour le maillot.

Viens et raconte-moi ta vie, viens, s’il-te-plait. Je veux savoir…

Moi, je pourrai te raconter quel grand-père tu as été, et dessiner aussi le souvenir de ce que je n’ai jamais vu… Tes cheveux roux enflammés, courant après le ballon par amour du club d’Avellaneda. Ah ! j’oubliais : mon fils Mateo a hérité de ta couleur de cheveux. Je t’embrasse, « Ruso »… Tu me manques. » »

Propos recueillis par Marion Quillard

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Jorge Gonzalez

Jorge Gonzales est né à Buenos Aires en 1970. Il travaille comme illustrateur et auteur de bande dessinée et a remporté le prix Fnac avec l'album "Bandonéon" (Dupuis). Ses derniers livres sont "Chère Patagonie" (Dupuis), "El gran surubi" (Les rêveurs) et Barbosa etl pirata (Mamut). Il publie aussi dans le New Yorker et dans Orsai, une revue argentine.

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