Jeu dangereux

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e jour décline sur le quartier de Wadi Qadum et ses maisons à flanc de colline. Je les dessine depuis le mont des oliviers, assis sur les vieilles pierres tombales recouvertes de verdure de ce jardin/cimetière.

Des détonations retentissent. Je les assimile dans un premier temps à des pétards jetés par les gosses. Elles se font plus fréquentes et plus rapides. Intrigué, il me vient à l’esprit qu’une paire de jumelles traîne au fond de mon sac.

Stupéfait, je découvre des policiers anti-émeute israéliens en train de tirer en l’air et de lancer des grenades fumigènes. Quelques jeunes Palestiniens franchissent murets et toits terrasses pour leur échapper. Ça chauffe.

On m’a dit que le vendredi, jour de prière, est souvent une journée de revendication sous haute surveillance, mais je ne m’attendais pas à ce que tout cela se passe sous mes yeux.

Je regagne les remparts de la vieille ville. Je manque de recevoir quelques pierres lancées par des Palestiniens du haut des remparts. Une fois hors de portée, je les observe continuer leur petit jeu dangereux.

Le soleil est à présent derrière l’horizon, c’est le début du Shabbat. Je m’engouffre dans les ruelles étroites et encombrées du souk. Des juifs orthodoxes courent à contre sens pour rejoindre le mur des lamentations. Au bout de quelques instants, je remarque que tous les Palestiniens s’agglomèrent autour des écrans branchés sur Al-Jazeera.

De l’autre coté du Sinaï, en Egypte, un dictateur vient de tomber. Nous sommes le vendredi 11 février 2011. »

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Vincent Mahé

Né à Paris en 1984, j’ai grandi sur la côte sud de la Bretagne, crayons à la main, bercé par le ronron des vagues et la science-fiction bon marché. De retour dans la capitale pour étudier le dessin et le cinéma d’animation (Atelier de Sèvres, Gobelins), je n’en suis jamais reparti. En 2013, je me suis installé en atelier, à deux pas de la Seine. Paris est une source intarissable et généreuse de petits récits et de belles idées…

Les dessins précédents