L’esprit frappeur

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our croquer le dessinateur Tomi Ungerer, il faut s’approcher doucement. On ne sait jamais, c’est lui qui pourrait vous croquer tout cru, avec ses idées folles et son rire qui tinte comme la sonnette de vélo accrochée à sa canne.

Je l’ai rencontré à Strasbourg, en hiver, à l’occasion de la sortie en salle du documentaire « Tomi Ungerer, l’esprit frappeur ». Assis dans son salon peuplé d’objets loufoques (troncs de femmes en plastique, cigognes ahuries, pingouins porte-manteaux), il est prêt pour l’interview.

La veille au soir, à la Maison Kammerzell, choucroute et Gewurztraminer aidant, son verbe était rapide, abondant, intarissable. Une aubaine pour moi qui déteste poser des questions et préfère griffonner incognito. Entre deux saucisses et une tranche de lard fumé, j’ai rempli mon carnet de ses anecdotes, aphorismes et blagues sur l’Alsace où il est né, l’Irlande où il vit, New York où il a vécu, la seconde guerre mondiale ou les mots croisés. L’exercice d’interview du lendemain matin, chez lui, ressemble à une petite promenade : il me parle de livres et du dessin, et c’est au son de cette mélodie familière que j’esquisse son portrait. Je repars à Paris repue et ravie d’avoir passé un moment avec l’un des illustrateurs figurant dans mon panthéon personnel.

L’esprit de Tomi Ungerer, 81 ans, n’est pas fatigué. Seuls ses yeux s’abîment, ce qui le fait enrager. Lui qui a « passé (sa) vie à essayer de mieux dessiner » aujourd’hui voit flou. Un signe de faiblesse ? Jamais : « crève d’abord, marche après ! », telle est la devise de ce dessinateur génial à l’appétit d’ogre. »

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Catherine Meurisse

Catherine Meurisse est née en 1980. Après des études de lettres, l'Ecole Estienne puis les Arts Déco de Paris, elle entre en 2005 à Charlie Hebdo. En parallèle, elle dessine dans Causette, Les Echos, L’Obs, Télérama, et illustre des livres pour la jeunesse. Auteure de bande dessinée, elle a publié Mes Hommes de lettres, Le Pont des arts (Sarbacane), Savoir-vivre ou mourir (Les Echappés). Son dernier album, Moderne Olympia, paru en 2014 (Futuropolis), revisite les œuvres du musée d’Orsay sur fond de comédie musicale.

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