La diva de Valparaiso

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e hasard existe-il ? En octobre dernier, je me rends au Chili avec Firmin, mon fils de dix ans. Son premier voyage au bout du monde, en guise de cadeau d’anniversaire… Valparaiso ! Ce port mythique du Pacifique sud a longtemps été l’escale obligée des grands navires en partance pour le Cap Horn afin de rallier l’Atlantique, l’Afrique ou l’Europe. Aujourd’hui, avec la construction du canal de Panama, il a été transformé en songe d’une autre époque, une ville bohème où s’échouent des routards, des touristes à l’année, des artistes et des poètes.

Dans cette ville multicolore et cosmopolite je rencontre des français expatriés, en exil (ou en perdition), des étudiants en école d’art lors d’un atelier de bande dessinée, mais aussi des gens ordinaires et fascinants…

À la bibliothèque de la place Victoria, une séance de dédicace est improvisée. Dans le public, une dame d’une soixantaine d’année parle un français impeccable. Elle est chilienne. Elle s’appelle Marta. L’écoutant parler, en une fraction de seconde, je fais immédiatement le lien… C’est Marta ! La choriste (et la compagne) de Georges Moustaki ! Celle qui, à vingt ans, a quitté le Chili pour la France et rejoint Georges sur les enregistrements en studio et en tournée pendant toute la décennie 70. C’est elle qui chante notamment sur le live de 75, en solo, la très belle chanson « Canción con todos » :
« Todas las voces, todas, todas las manos, todas, toda la sangre puede ser canción en el viento. Canta conmigo, canta, hermano americano. Libera tu esperanza con un grito en la voz. »

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je devais avoir douze ou treize ans quand j’écoutais ce vinyle en boucle sur le tourne-disque de mes parents. George Moustaki est mort au printemps 2013, quelques mois avant mon arrivée à Valparaiso…

L’émotion me soulève le cœur. Je le dis à Marta, avec certainement beaucoup de maladresse.

La journée se termine en pente douce dans la lumière du soleil couchant, sur les collines de Valparaiso, dans un petit bar du Cerro Concepción, à boire du pisco. Marta nous accompagne avec un plaisir non dissimulé. Elle se prend d’affection pour mon fils, nous parle de sa vie parisienne entre 70 et 80, de Barbara, de Serge Reggiani, de l’Olympia… L’espace d’un instant, je crois vivre une sorte de rêve éveillé. Le Paris « rive gauche » de la grande époque, sur les bords du pacifique de l’hémisphère sud !

Deux jours plus tard, Marta nous invite chez elle, mon fils et moi, pour un dîner aux chandelles ! Elle a invité un ami à elle, Christian, un architecte français qui vit à Santiago. C’est lui qui a préparé le repas (et quel repas !). Marta ne sait pas cuisiner… Elle n’est pas cordon bleu pour deux sous. Marta est une diva ! La diva de Valparaiso. En ce moment, elle chante tous les samedis soirs dans un petit café-concert avec vue panoramique sur le port de Valparaiso. Accompagnée seulement d’un jeune guitariste virtuose et de son amour indéfectible pour la chanson française… »

Propos recueillis par Marion Quillard

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Thierry Murat

Je débarque dans la bande dessinée en 2005 à l’âge de 40 ans, ni trop vieux, ni trop jeune. Juste assez inconscient pour avoir suffisamment confiance en moi. 
En novembre 2018, ANIMABILIS est mon cinquième livre chez Futuropolis. 
J’écris et je dessine pour essayer de faire partager mes voyages immobiles, toujours à la recherche de l’hypothétique réponse à cette question : pourquoi suis-je devenu auteur ?

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