La maison d’à côté

corse10C

orse, été 2015. Avec mon compagnon, nous passons nos vacances chez un couple d’amis. Leur maison de famille se trouve dans un petit village médiéval situé dans la commune de Brando, perché dans les hauteurs du Cap-Corse. L’endroit est splendide. Baigné de lumière. Le vent vient se perdre dans les branches des cerisiers et des bougainvilliers. Une odeur de thym flotte dans l’air. La Sardaigne est toute proche. Et à perte de vue s’étend la mer.

Un soir, à la fin du dîner, notre hôte se met à nous parler de la maison d’à côté. C’est vrai que la bâtisse qui jouxte leur propriété nous intrigue depuis notre arrivée. Construite au début du siècle, elle est trois fois plus imposante que la leur et semble totalement abandonnée. Entre deux bouffées de cigarette et quelques gorgées de vin rouge, il nous raconte le passé mystérieux du lieu : des querelles familiales qui ont fini en drames, des histoires de fantômes qui se murmuraient jusque dans le village, un des propriétaires qu’on entendait, à la nuit tombée, pleurer dans la vallée. Tant d’étrangetés se seraient produites entre les murs de la vieille bâtisse délabrée, qu’on ne sait plus très bien démêler la légende de la réalité.

Les jours passent et se ressemblent sur l’île de beauté. Et chaque soir nous empruntons le même chemin au retour de la plage. Celui qui borde la maison d’à côté. Le bois de la porte a gondolé avec les années, les volets sont fermés, abîmés et le porche est décoré de toiles d’araignées. Depuis cette fameuse soirée, à chaque passage, un léger frisson me parcoure l’échine. Je sais que mon compagnon pense la même chose que moi. On se lance un regard complice, avant de guetter les fenêtres à l’étage. En secret, on espère voir danser des silhouettes derrière les volets abimés. On s’imagine des histoires, le genre qu’on raconte le soir aux enfants pour leur faire peur. On cherche à se donner des frissons. Ces pensées sont vites chassées. Et une fois le chemin derrière nous, on retrouve les cerisiers et les bougainvilliers. On respire, laissant dans notre dos la maison d’à côté qui surplombe la vallée. Et on ne se souvient plus que de l’odeur du thym et des embruns.

 

Clara Hesse

monnet clemence200

Clémence Monnet

Née en 1980, j’ai grandi en Sologne. Illustratrice et designer textile, diplômée de l’Institut d’arts visuels d’Orléans, je vis à Dourdan, en région parisienne. Quand je ne suis pas à mes crayons, je travaille dans la mode enfantine. Je croque le quotidien en tentant de lui donner une dimension poétique.

Les dessins précédents