La maison d’Ana

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réderic a voyagé pendant six mois en Asie du Sud-Est avec sa petite-amie. Au cours de leurs pérégrinations, il a tenu un carnet dans lequel il a dessiné les gens qu’il a croisés, et les paysages qu’il a traversés. Voici une de ses rencontres :

« Nous arrivons à Kong Lor dans un tuk-tuk bondé, après huit heures de route depuis Vientiane, la capitale du Laos. Là, nous découvrons ébahis un paysage surréaliste. Des champs de cultures s’étirent jusqu’à d’étonnantes montagnes karstiques, dont les silhouettes dentelées sont sublimées par la lumière vive et laiteuse de la pleine lune. Fatigués par le voyage, nous nous mettons en quête d’un logement chez l’habitant. Enfin ! D’après certains villageois, une maison sur pilotis rustique et typique peut nous accueillir. Sur le seuil de la porte, nous signalons notre présence par quelques timides « sabaïdii » (ce qui signifie bonjour en laotien). Ana, la maîtresse de maison, apparait, surprise, comme si elle n’attendait pas d’hôtes ce soir-là. Malgré tout, elle nous accueille chaleureusement avec un grand sourire faisant apparaître un lacis de petites rides sur son visage. Derrière elle, se tient un homme plus jeune. Il nous salue également. Nous comprendrons plus tard qu’il s’agit de son mari. Très vite, nous épuisons la maigre réserve de mots laotiens et anglais que nous avons en commun. La conversation se poursuit par des signes et des mimiques. L’accord est conclu : nous pouvons dormir, dîner et petit-déjeuner chez eux. Nous montons à l’étage pour voir notre chambre. L’escalier débouche sur une grande pièce en bois du sol au plafond, en partie ouverte sur la rue, et vide. Seules une pile de nattes sont posées dans un coin. Pendant que nous installons nos affaires, Ana et son mari s’affairent à empiler des couvertures en guise de matelas, trouver des coussins, une fine couette, installer une moustiquaire, et tendre un tissu en travers de la pièce afin de nous offrir un peu d’intimité. Ana redescend ensuite pour aller préparer à manger dans sa minuscule cuisine. Nous la suivons. C’est à ce moment que je l’ai dessinée. Une fois le repas servi — un bouillon de poisson accompagné d’un bol de riz gluant —, elle s’est retirée dans son atelier à l’extérieur de la maison pour tisser jusqu’à tard le soir. Son mari, lui, regardait de son côté avec passion des matchs de boxe à la télévision. Au petit matin, la lumière du jour et la vie du village — oiseaux, chiens, scooters, cris d’enfants — nous ont délicatement sortis de notre sommeil paresseux. »

 

Unknown

Frederic Juvigny

Je suis né en 1987 en région parisienne. J’apprends les arcanes du cinéma d’animation à l'école George Méliès, d’où je sors diplômé en 2011. Suite à ma formation, je travaille pour divers studios d'animation et participe à la création de nombreuses séries animées, me spécialisant rapidement dans la création de personnages et de développement visuel. Actuellement je travaille sur son premier court-métrage d'animation autour de l'Inde et de l'un de ses sâdhus, ces ascètes ayant renoncés à la vie en société.

Les dessins précédents