La saison des brouillards

XXI-v2J

’étais parti là-bas quelques jours, dans l’idée de nourrir l’histoire pour une bande dessinée que j’avais en tête. Là-bas c’est au bord du Pô, au sud de la Vénétie, dans le nord-est de l’Italie.

Un de mes personnages devait appartenir au milieu des trafiquants qui agissent le long du fleuve. Leurs activités sont liées à la pêche illégale, à l’exportation du poisson silure sur les marchés d’Europe de l’est, aux vols de bateaux…

Sur la berge deux hommes discutaient en dialecte. L’un avait une canne à pêche en main, l’autre, sans doute un garde fluvial, était assis à bord d’un pick-up. Ils parlaient de pêcheurs repartis avec des cages pleine de poissons.

J’ai noté leur dialogue dans un carnet, à côté d’aquarelles trop diluées. Je me rappelle bien des moments où je les ai dessinées, du ponton sur lequel j’étais assis, des nuages de moustiques qui m’assaillaient. C’était le matin tôt, au début de la saison des brouillards qui, ensuite, effacent ces paysages à la vue pendant plusieurs mois.

Le dessin à le pouvoir de fixer le temps dans la mémoire.

Aujourd’hui, trois ans plus tard, je suis en train de réaliser les dernières pages de l’histoire que j’étais parti chercher. Le thème de la pêche illégale a presque complètement disparu. J’ai gardé à ce sujet une seule phrase, à la page 11. Mon personnage évolue dans un tout autre milieu. Le récit a profondément changé. Restent les paysages, le brouillard, les moustiques. Je suis certain que ma bande dessinée aurait été différente, sans ces quelques jours passés le long des berges du Pô.

Autoportrait

Piero Macola

Auteur de bande dessinée et illustrateur né en 1976 en Italie. Après des études en bande dessinée à Bruxelles, il s'installe à Paris en 2002. Il publie des romans graphiques, illustre des livres et réalise des récits en bande dessinée pour la presse.

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