L’art du soliloque

Dessin du lundi emilie setoD

ans ma ville, il y a un homme qui passe son temps à arpenter les transports. Il est célèbre car il excelle dans l’art du soliloque. Je pense qu’il a un concurrent dans toutes les grandes villes de France. Personne ne sait ni d’où il vient ni où il vit. Les rumeurs les plus fantaisistes circulent sur son compte. La plus probable dit qu’il aurait été frappé par la foudre à 17 ans alors qu’il faisait les vendanges.

A chaque arrêt, son regard s’active, déterminé à accrocher celui du voyageur qui n’aura pas réussi à se cacher derrière un journal ou un écran de téléphone. Débute alors une conversation à sens unique. Elle met invariablement mal à l’aise l’interlocuteur coincé dans ce tête à tête avec la folie.

Témoin de la scène en sécurité depuis l’arrêt de bus du trottoir d’en face, je me dis que cet homme est le reflet d’une société en perte de sens. Quand on y réfléchit, ce qu’il raconte n’est pas plus vain que ce qui sort de la radio diffusée dans le bus. Je pense à tous ces gens payés à meubler le silence. Soudain, un passant me tire de mes pensées. Il me demande si je suis une artiste.

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