L’art ingrat de la pisciculture

PrintI

l y a peu, j’ai installé chez moi un grand vase en verre avec deux poissons rouges, juste à côté de la table où je dessine tous les jours. Au départ, je voulais juste un élément de décoration, quelque chose de pas trop chiant, assorti à mon nouveau canapé orange. Et puis j’ai pensé au tableau de Matisse avec ces poissons dans leur bocal, je me suis dit qu’une référence artistique serait la bienvenue.

Me voilà donc avec deux poissons. Je les ai baptisés Abelard et Héloïse, en référence aux amoureux contrariés du Moyen-âge enterrés au Père Lachaise. J’ai une vue plongeante sur leur tombe, mais je n’avais pas prévu que mes poissons suivraient l’exemple de leurs homonymes : Abelard et Héloïse sont tombés fous amoureux.

Après quelques semaines de copulation animée, les amants ont donné naissance, in vitro, pourrait-on dire, à des dizaines de bébés poissons. Moi qui voulais juste un peu de déco, je me retrouvais papa, responsable d’un ban de carpes miniatures. Ça prend un temps fou, c’est épuisant et ça me passionne. Mais la pisciculture est un art ingrat : en dépit de mes efforts, sur la centaine d’œufs pondus n’est finalement resté qu’un poisson. Je l’ai nommé nommé Astrolabe, comme le vrai bébé d’Abélard et Héloïse.

evans-christopher

Christopher Evans

Né dans le Connecticut, j'entame une carrière de graphiste après mon diplôme de l’école d’art du Cooper Union à New York. Me sentant aventurier, je tente ma chance à Paris où je cofonde la société evansandwong, qui diffuse des objets d’art et de design par correspondance. Ma carrière d’illustrateur m’occupe aujourd’hui à plein temps. Mon projet de digital woodcuts (« gravures numériques ») est l’aboutissement de toutes ces expériences personnelles et artistiques.

Voir en ligne : http://tinyurl.com/o898kf7

Les dessins précédents