Le bonze rock’n’roll

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ur le long bateau qui m’emmène au Laos par le fleuve Mekong, là, juste à l’avant, il y a deux bonzes.

 

Le premier est âgé, son visage et ses gestes sont mesurés, sages. Il correspond bien à l’idée que je me fais d’un bonze. Le second est plus rock’n’roll : des petites lunettes de myope, la trentaine corpulente, tout en gestes débraillés, il pianote frénétiquement sur son portable, se lève à plusieurs reprises pour se griller une clope, se rassied et se gratte la toge en baillant aux corneilles.

 

Une fois le bateau accosté, on se rue par grappes dans les petits taxis qui stationnent, impatients, tout près de l’embarcadère. Au moment où on s’agglutine à l’arrière d’un véhicule, il y a comme un mouvement de reflux. Je me hisse, me penche, et puis je vois mon bonze rigolo tout renfrogné au fond du taxi : il refuse catégoriquement qu’une touriste vienne s’asseoir à ses côtés. Comme moi, cette dernière ignore tout de l’interdiction faite aux moines bouddhistes du moindre contact avec une femme.

 

Accroché à l’arrière du taxi, je me dis que finalement, mon jeune bonze n’était pas si rigolo. Et puis que si par hasard je devais un jour me soumettre aux règles d’une religion, je crois que je renoncerais plus facilement au portable et aux clopes, qu’au contact avec une femme…

pomes

Cyrille Pomès

Je vis, écris et dessine à Toulouse. Mon premier album date de 2005. Depuis il y en a eu trois autres (ce qui fait quatre, en tout). Quand j’écris mes histoires, je penche vers « l’intime », et quand je travaille avec Jean-Pierre Filiu pour les éditions Futuropolis, c’est pour parler du monde arabe. Dans tous les cas, ce que j’aime, c’est raconter des histoires.

Les dessins précédents