Le chevalier du « Laac »

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unkerque, vue sur le Laac, le lieu d’Art et action contemporaine.

 

Une architecture un peu datée déjà- le musée a ouvert ses portes en 1982. Sans le jardin des sculptures qui le cerne, le bâtiment suggère plus une médiathèque de taille qu’un centre d’art contemporain…

 

L’envie d’une balade ici me taraudait depuis quelques temps. Depuis le jour où j’ai appris sa genèse, en fait : une histoire peu commune qui se confond avec celle de son mentor, Gilbert Delaine.

 

Ingénieur à la direction départementale de l’Equipement, il a une révélation au milieu des années soixante dans la salle d’attente de son dentiste : la reproduction d’une toile de Ladislas Kijno dans la revue qu’il feuillette d’un œil distrait le bouleverse à jamais. Lui qui s’amusera à rappeler plus tard que son horizon artistique s’arrêtait alors au calendrier des PTT.

 

En pleine effervescence des Trente Glorieuses, la ville de Dunkerque semble le lieu de tous les possibles, portée par un développement industriel sans précédent. Gilbert Delaine adore sa ville. C’est un homme de fois : la foi en Dieu, mais aussi dans ce progrès qui s’accélère. Un progrès qu’il souhaite au service de tous.

 

Déjà très impliqué dans nombre d’actions humanitaires de belle envergure, Delaine est curieux, tenace, exigeant, hyperactif et conquis aux futurs radieux que promettent l’art et l’industrie.

 

A la fin des années soixante, les musées d’art contemporain, en France, se comptent sur les doigts d’une seule main. Malraux s’occupe à promouvoir le mécénat, mais les institutions sont encore bien frileuses. Le projet de Gilbert reste lettre morte auprès des officiels.

 

Sans fortune personnelle ni culture artistique, il prend les initiatives en franc-tireur et éduque son œil sur le terrain, en visitant expositions et ateliers d’artistes. Il sollicite industriels et amateurs en créant l’association « l’Art contemporain » – une appellation encore toute fraîche à cette époque.

 

Gilbert Delaine considère que l’art s’apprécie avant tout avec les tripes, qu’un homme qui en a ne lâche jamais l’affaire et que le reste n’est que littérature. Les officiels en matière culturelle n’apprécient guère cette espèce d’hurluberlu brut de décoffrage qui vient empiéter sur leurs prérogatives, mais les artistes lui accordent vite leur confiance et deviennent même ses amis, n’hésitant pas à offrir gracieusement des œuvres pour aider le petit homme du Nord à mener à bien son entreprise.

 

Au bout de dix ans, en 1982, il réussit à convaincre la ville de la nécessité d’un musée. La collection « l’Art contemporain », forte de plus d’un millier d’œuvres représentatives de la création artistique des années soixante à quatre-vingt est offerte.

 

Gilbert Delaine n’avait ni blason à dorer, ni marchandise à fétichiser. Juste l’envie d’oeuvrer pour sa communauté, avec humilité. Une histoire un peu boy-scout d’un autre temps où le « niveau de vie » d’un citoyen ne se réduisait pas à son « pouvoir d’achat » Gilbert a animé son LAAC jusqu’à sa disparition, en 2013.

 

 

 

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Christophe Merlin

Il vit et travaille à Paris, souvent ailleurs aussi : Bénarès, Istanbul, la Langue de Barbarie ou Zabriskie Point… Christophe Merlin adore les dessins de voyages, de paysages. Auteur et illustrateur de plusieurs livres à l’usage des enfants, l’un des derniers ouvrages paru est "Il y a quelqu’un dans la maison", avec Serge Quadruppani (Éd. Syros).

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