Le couvent disparu

The Lost Convent (Somerville)L

e couvent se trouvait ici, où je m’assieds pour dessiner. Mais c’était il y a bien longtemps, et nul ne s’en douterait s’il n’y avait cette pierre gravée, devant la librairie au coin de la rue. Après tout, le couvent ne fut ici guère longtemps. Maintenant, il n’y a que des appartements.

En 1775, lorsque le révolutionnaire Paul Revere chevaucha non loin de cet endroit au cours de sa «Midnight Ride», le long d’une route désormais nommée Broadway, ce lieu était une grande colline déserte, nommée Mount Benedict. À la fin des années 1820, un couvent et une école y furent construits par les soeurs de l’Ordre de Sainte-Ursule, une congrégation de nonnes catholique de Boston. À cette époque, la colline faisait partie du quartier de Charlestown, de nos jours appelé East Somerville par ses habitants. Boston et ses banlieues ont aujourd’hui une grande population catholique mais, jusqu’à la guerre d’indépendance, les catholiques n’était pas les bienvenus dans cette contrée fondée par les puritains. Néanmoins, l’école Ursuline acquit rapidement une bonne réputation dans l’éducation des filles de familles aisées, principalement unitariennes.

En ces jours, la tension montait à Boston, à l’accueil des nouveaux arrivants Irlandais, catholiques. La classe ouvrière protestante les vit comme une menace tant financière que culturelle. Le clergé et la presse attisèrent la haine anti-Irlandais. Il y eut des rixes et agressions sur la voie publique. Sous peu, le couvent des Ursulines devint un objet de ressentiment, lui aussi. Cette école pour riches, tenu par des catholiques, fut victime de rumeurs et soupçons. Il y eut des accusations de conversion forcées d’enfants, des femmes furent misent au cachot. Le couvent fut taxé d’être immoral et «UnAmerican». Les violences débordèrent la nuit du 11 août 1834. Une émeute mit le feu au couvent. Lorsqu’ils arrivèrent sur place, les pompiers décidèrent de ne pas intervenir. En quelques heures, le couvent était en cendres. Une enquête fut ouverte, mais peu de gens furent interpellés et les tribunaux ne désignèrent aucun coupable. Avec le temps, la colline toute entière fut emportée avec les ruines. Une autoroute fut construite. Puis un voisinage y grandit.

Marchant le long des rues, cherchant un endroit pour dessiner, je remarque des croisements de rue aux noms d’anciens combattants. Des noms irlandais. Des noms italiens. Aux portes, des rameaux de palmier annoncent le dimanche des Rameaux. Les catholiques sont revenus. Et, sur cette colline de la haine, une communauté multiculturelle est née. Je vois des gens de toutes provenances aller et venir de maison en maison. Après avoir dessiné, je déguste un burrito au Taco Loco du coin. Là, tout le monde parle espagnol, sauf moi. Ce restaurant est un lieu prisé des immigrés Latinos. À l’ère de Trump, je crains qu’ils ne soient les nouveaux apeurés.

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Fred Lynch

Fred Lynch est professeur d'illustration à la Rhode Island School of Design et réside non loin de Boston. Fred Lynch dessine des sites passés et présents, élaborant un reportage visuel qui explore, documente et révèle l'histoire, le patrimoine et les évolutions de l'Amérique.

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