Le Paradis perdu

farnese StaircaseM

aintes fois déjà, j’étais allé dessiner des jardins à l’italienne, les trouvant d’une beauté enivrante, des paradis terrestres bâtis de la main de l’homme. Mais, cette année, celui-ci m’affectadifféremment.

À Caprarola, petite ville d’Italie centrale, tout le monde admire d’en bas la gigantesque Villa Farnèse. Personne ne prend ce palais de haut – il y a longtemps, le tracé de l’avenue principale fut modifié pour mener les gens jusqu’à l’entrée du palais via la montée d’une colline fort pentue.

Aucun effort ne fut épargné pour construire cette maison d’été, à l’intention d’une famille qui, à la Renaissance, donna tant de papes et cardinaux. Le mot « majestueux » vient à l’esprit (un mot qui m’est bien étranger lorsque je me promène dans la région de Boston, où je réside).

Le palais est un immense édifice en forme de pentagone, avec trois étages de chambres et terrasses. Au centre de la demeure, une cour ouverte où abondent les références classiques. Les fresques aux plafonds sont si belles que l’on risque un torticolis à les admirer. Derrière le palais, des jardins extraordinaires. Un long chemin sinueux mène vers une incroyable cascade de fontaines. Au-delà des sources, on croise des statues de divinités marines, puis l’on pénètre un labyrinthe de haies bordé de sculptures, pour arriver enfin dans un pavillon qui domine le tout. Cet endroit dépasse l’imagination.

Comment embrasser et retranscrire cet espace en un seul dessin, me demandais-je?

Après quelques faux départs, je me tourne alors vers une autre sensation ressentie ce jour-là – un sentiment de malaise. Bien qu’ébahi par tant de merveilles, je dois bien avouer que je les traversai d’une humeur partagée, tantôt les yeux écarquillés, tantôt fronçant les sourcils. C’est la conséquence de ce que je vis ici aux États-Unis, cette nouvelle ère politique et médiatique. Aux informations, chaque jour est un nouveau déballage de fortunes somptueuses et de luxe ostentatoire. Tout ceci a changé mon regard envers ce palais – j’y perçois une exhibition de richesse, de puissance et de narcissisme.

En fin de compte, je trouve un abri dans un coin du jardin, à l’ombre, où je choisis un point de vue qui illustre mieux mon ressenti – une structure au ventre creux.

FredLynch_180dpi

Fred Lynch

Fred Lynch est professeur d'illustration à la Rhode Island School of Design et réside non loin de Boston. Fred Lynch dessine des sites passés et présents, élaborant un reportage visuel qui explore, documente et révèle l'histoire, le patrimoine et les évolutions de l'Amérique.

Les dessins précédents