Le théâtre de la rue Normande

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ous les matins, du haut de notre petit balcon, j’observe le théâtre de la rue Normande, à Jacmel, en Haïti, en attendant que Madame Faustin finisse de lessiver le sol. Ça me rend un peu mal à l’aise, en tout cas plus que mon ami Sylvestre, qui passe et repasse en laissant les empreintes de ses pieds tout noirs sur le carrelage mouillé.

Je vois les Haïtiennes lourdement chargées se rendre à la cour d’en face pour piller le mil et le maïs pour le pitimil et le mayi mouli du midi. Les clients de chez « Fifi », notre bar rose bonbon, les regardent passer, l’air bovin. Ils ne consomment pas ; ils n’ont pas d’argent.

L’autre jour, un type avec une brouette s’est mis à leur gueuler dessus quelque chose comme : « Les gogos dans leur genre sont pire pour le pays que tous les cyclones et tremblements de terre réunis ! »

Ça m’a mis mal à l’aise, ça aussi. »

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Grégoire Carlé

Je suis né en 1984 à Strasbourg et vit aujourd'hui à Paris. Je publie des bandes dessinées à l'Association, "Baku", "La Nuit du Capricorne", et bientôt "Philoctète et les Femmes" une histoire d'amazones qui se livrent à des bacchanales.

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