Le trait se fait plus fin, puis disparaît

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ela fait trois jours que nous sommes hébergés par Dave le chercheur d’or dans un hangar d’aviation du champ pétrolier de Prudhoe Bay. Dans cette ville congelée, à l’extrême nord de l’Alaska, rares sont les moments où nous assistons à de l’action. L’essentiel de l’activité humaine est cantonnée aux intérieurs surchauffés. Lorsque Dave décide de charger un bulldozer gigantesque à l’arrière d’un semi-remorque, je tente de saisir la scène et le cadre malgré les -27°C.

Le froid est saisissant. Tellement sec qu’une fine poussière de neige flotte autour de nous. La lumière est aveuglante, impossible d’enlever les lunettes de soleil. Dans ces conditions, je dois faire au plus simple, carnet en main, stylo, debout.
Le dessin est rapide et je dois sans arrêt porter le stylo à ma bouche pour maintenir la pointe au dessus de zéro. De minuscules flocons se déposent sur la feuille. Il fait si froid qu’ils ne fondent pas au contact du papier mais empêchent l’encre d’accrocher. Rien n’y fait, le froid finit par l’emporter et petit à petit le trait se fait plus fin, puis disparaît. L’encre a gelé. »

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Victor Gurrey

Né en 1983, diplômé des Arts déco de Paris. Si on devait résumer en recette de cuisine, ce serait : un peu de graphisme, une louche d’illustration, un saupoudrage de bande dessinée, un zeste d’ambition journalistique.

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