Les nymphettes

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lors que je m’apprête à cheminer sur la via Vecchia Fiesolana qui rejoint Florence à travers les oliviers, je suis retenue par un chant de sirènes provenant d’une bâtisse austère.

Ce ne sont pas des sirènes, ce sont des bergères.

Ce ne sont pas des bergères, c’est le chœur de l’université d’Hacettepe d’Ankara, qui clôt sa tournée turco-gréco-italienne en Toscane.

Elles virevoltent le temps d’une dernière répétition, pouffent, rectifient leur maquillage au-dessus du lavabo des toilettes, gazouillent, réajustent leurs foulards, pianotent sur leur portable. Concert dans cinq minutes, ouvert à tous. Le public se fait attendre, arrive enfin (sept personnes au total), s’installe.

Les nymphettes se mettent en rang. La chef de chœur fait résonner le diapason à son oreille, et d’un geste suspend le temps. L’Ave Maria d’Alberti s’élève dans les airs. La beauté des voix me cloue sur place.

En face de moi, le portrait du pape François. Je jurerais qu’il me fait de l’œil.

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Catherine Meurisse

Catherine Meurisse est née en 1980. Après des études de lettres, l'Ecole Estienne puis les Arts Déco de Paris, elle entre en 2005 à Charlie Hebdo. En parallèle, elle dessine dans Causette, Les Echos, L’Obs, Télérama, et illustre des livres pour la jeunesse. Auteure de bande dessinée, elle a publié Mes Hommes de lettres, Le Pont des arts (Sarbacane), Savoir-vivre ou mourir (Les Echappés). Son dernier album, Moderne Olympia, paru en 2014 (Futuropolis), revisite les œuvres du musée d’Orsay sur fond de comédie musicale.

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