L’exode

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n 2011, le Printemps arabe touche la Libye, gagnée par la guerre civile. En octobre, le général Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, est assassiné. Je me trouve alors de l’autre côté de la frontière, au nord du Tchad, dans le massif de l’Ennedi. Je dessine les lacs magnifiques du Sahara, les gravures et les peintures rupestres témoins d’un temps où la région était verdoyante et propice aux pâturages.

Ce jour-là, mon chauffeur, Hassan, remonte une piste à cheval entre les deux pays. D’ordinaire, me dit-il, on peut croiser un ou deux camions de marchandise par jour, mais le ballet auquel nous assistons est incroyable. Les véhiculent se succèdent dans une nuée de sable, surchargés d’hommes, de femmes, d’enfants, de sacs, de valises, de bidons. Un véritable exode en provenance de la Libye.

Un chauffeur s’arrête, son chargement humain patiente en plein soleil, sous plus de 40 degrés, sans manifester le moindre agacement. Nous nous approchons, Hassan fait la traduction.

Ces familles expliquent qu’elles fuient les représailles de la population libyenne. Kadhafi, dans sa folie sanglante, a fait appel à des mercenaires tchadiens. Ces derniers étaient des rebelles au Président du Tchad, Idriss Deby: des soldats surentraînés, armés jusqu’aux dents, désœuvrés depuis leur défaite contre le régime en 2008 et réfugiés au nord. Kadhafi les a enrôlés, mis à son service. En pleine guerre, il les a cachés dans des ambulances lâchées au milieu des civils, qui pensaient trouver aide et réconfort dans ces camionnettes au croissant rouge. Les mercenaires tiraient sur la foule.

Depuis la mort de Kadhafi, des Libyens s’attaquent aux ressortissants noirs, sans distinctionCes familles ont peur, elles veulent échapper aux vengeances. Réfugiées dans leur propre pays, elles rentrent au Tchad les mains vides.

 

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Joël Alessandra

Après six ans à l’École Boulle à Paris, je suis envoyé en coopération à Djibouti à la place de mon service militaire. La passion du voyage est née. Suivent de nombreuses péripéties : direction artistique dans des agences de comm. parisiennes, habillage de chaîne pour la télé italienne, long séjour au Sri Lanka. Je me dis que c’est cool de se la couler douce au soleil en dessinant des petits Mickey ! Du coup, je réalise une dizaine de BD et quantité de carnets de voyages. Ma femme trouve que j’ai pas mal la bougeotte et me décide à investir un pied-à-terre à Uzès. C’est là que je vis et travaille.

Les dessins précédents