Madame Irène

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uand j’ouvre la porte de l’appartement de Madame Irène, je ne sais jamais qui je vais trouver : la chanteuse de cabaret qui entonne les Frères Jacques en faisant de grands gestes ou une dame apathique, écroulée sur son canapé, confuse et négligée.

Madame Irène « travaillait aux impôts », mais elle a toujours rêvé d’animer les nuits parisiennes, de faire vibrer L’Écluse, Le Lapin agile, Le Bœuf sur le toit, ou même Chez Michou… Elle me dit souvent : « C’est drôle comment la vie tourne !!! »

Depuis quelques mois, son neveu trouve qu’Irène ne va pas bien. Ses propos sont de plus en plus incohérents. Une nuit, on l’a même retrouvée errant près de la Gare de Lyon. Le médecin a proposé de la placer sous « surveillance psychologique », une formule que je croise de plus en plus dans les ordonnances.

Lors d’une visite à l’hôpital, on lui a parlé de maladie d’Alzheimer, mais Madame Irène ne semble pas en être affectée parce qu’« elle a une bonne mémoire » et pourrait encore animer une soirée entière avec son répertoire ! La preuve par Boris Vian : « On n’est pas là pour se faire engueuler, on est là pour voir le défilé… »

Dans ces petits moments de vie et quand le temps me le permet, je m’assois à côté d’elle. On parle de tout, de rien, de politique, de sa vie, de ce qu’elle a aimé de ce qu’elle aime encore. Irène parle fort, s’anime…

Un jour, nous discutons de « l’augmentation du coût de la vie ». Je lui donne un exemple en franc, pensant que ça lui parlera plus. Elle me répond : « Mais vous comptez encore en franc, vous ? Eh, mais il est temps de vous mettre à l’euro. Quand même, à votre âge ! »

 

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Valérie Villieu

Infirmière à domicile depuis presque trente ans, un peu photographe (livres publiés aux éditions Filigranes), j’écris aussi des scénarios de bandes dessinées. "Little Joséphine", réalisé avec Raphaël Sarfati, a été publié en 2012 par La Boîte à bulles. Je travaille en ce moment avec Antoine Houcke sur l’histoire d’une jeune fille juive cachée en Isère pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Antoine Houcke

Bruxellois et passionné depuis toujours par la narration, je suis fasciné par l’incroyable puissance du dessin, capable de faire surgir des émotions d’une feuille blanche. J’aspire à une certaine simplicité dans ma pratique de la bande dessinée, m’efforçant de suivre ainsi la maxime de Woody Guthrie : « N’importe quel idiot peut faire quelque chose de compliqué, ça demande du génie de le rendre simple ».

Voir en ligne : http://cargocollective.com/antoine-houcke

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