Mon père, en paix

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oici le dernier dessin que j’ai fait de mon père. C’était il y a deux ans jour pour jour. Il venait de s’éteindre après des mois à lutter contre cette vie qu’il avait brûlée par les deux bouts. Le dessin a sa part d’intime, chaque trait a son importance, où transparait l’émotion de celui qui dessine. C’est à la fois un acte d’observation, de parole, de rapport intime à l’autre. La première fois que j’ai dessiné mon père c’était pour L’Afrique de Papa, ma première publication dans la Revue XXI. A l’époque le dessin me servait de paravent, me permettait d’être là, d’observer, de tenir la distance et l’émotion de ce que je vivais. C’était mon premier reportage et de cette histoire a découlé beaucoup de choses depuis. Beaucoup d’autres reportages.

De nombreux lecteurs de L’Afrique de Papa me demandent si mon père avait lu le reportage. Il avait lu mon carnet, celui où je dessinais et écrivais ce que je ressentais et qui n’était pas en sa faveur. Pour la première fois sans doute il comprenait qui j’étais et ce que je ressentais. Je redoutais ce moment. C’était rude pour lui de se voir par mon prisme, au travers mes dessins, de mes écrits, car dans ces cas-là, on ne triche pas. On retranscrit simplement le réel. A la fin de la lecture de mon carnet du Sénégal, qui servira de base pour le reportage de L’Afrique de papa, il m’a dit que c’était juste, que je devrais en faire un livre.

Lors de son dernier jour, j’étais là à le dessiner. Il me regardait en souriant. Notre relation était apaisée. Nous avions pu nous dire les mots justes. Puis il s’est éteint quand mon dessin était terminé. Ce dessin est simple, il n’a pas de couleur mais pour moi il est plein de mon père et comble son absence à jamais. Le dessin m’a aidé à me tenir face à lui, face à ce réel qui parfois nous échappe. Il donne la bonne distance.

Hippolyte

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Hippolyte

Enfant je rêvais d’être reporter. Ou dessinateur. Une sorte de Tintin artiste. Pendant dix ans j’ai dessiné pour la presse et l’édition. XXI a publié mon premier reportage en 2008, « L’Afrique de papa ». Trois ans plus tard, XXI me recontacte et je m’envole au Congo. Dans les pas de Tintin. En essayant de voir un peu plus loin. En 2014, j'ai publié un troisième récit pour la revue, Bataye Kok, qui se penche sur les batailles de coqs, l'une des passions de l'île de la Réunion où je suis installé.

Voir en ligne : http://www.hippolyte.viewbook.com

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