Noël en mars

Antoine Maillard - dessin dulundi xxiD

ans la banlieue de Troyes, autour des magasins d’usines près de l’hôpital, il y a un mélange de maisons pavillonnaires et de barres d’immeuble. C’est là que j’ai grandi.

Quand j’y retourne, je marche pour me déplacer, je n’ai pas le permis.

Un soir de l’année passée, je rentre du centre ville. Les réverbères sont éteints. Une dame promène son chien, elle fixe une étrange lumière rouge clignotante. Ce sont des décorations de Noël. Nous sommes au mois de mars.

La scène a quelque chose d’étrange, l’éclairage artificiel rend l’ambiance un peu triste, irréelle en tout cas, comme si la maison était restée bloquée dans le temps. La dame resta figée plusieurs minutes, muette, tenant son chien par la laisse, avant de reprendre son chemin.

Plus jeune, je ne remarquais pas ce sentiment d’abandon qui émane du quartier, ces façades fissurées et sales, les clôtures et grillages éventrés. Les maisons présentent souvent des jardins en bazar, avec un fatras improbable accumulé depuis des années. Certains vieux bâtiments ont même des fenêtres placardées, les portes condamnées par des plaques de taule.

Un ami a trouvé un surnom à la ville, il l’appelle «Des-Troyes». Ça se prononce comme Détroit ou «destroy», le jeu de mots marche dans les deux cas.

Maillard antoine-OK

Antoine Maillard

J’ai grandi à Troyes. Après un master en bande dessinée à Angoulême j’ai fini mes études aux Arts décoratifs de Strasbourg en juin dernier. Je travaille dans des revues ou pour la presse (le New York Times, Franky & Nicole). Aussi, je publie régulièrement sur le site internet Grandpapier des bandes dessinées où j’essaie de conjuguer mon goût pour le cinéma de genre avec des récits plus intimistes sur l’adolescence. En ce moment, je travaille sur un premier album de bande dessinée et je dessine des inconnus dans les cafés.

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