Remède à la nostalgie

carnet TML

es  menhirs vivent un peu partout autour de nous. En Aveyron profonde, sur l’île de Guernesey au large de la Manche, au cœur du Portugal ou encore aux alentours de Barcelone. Les statues ont toutes le même âge : 3000 ans.

Je me demande souvent ce que trouveront les archéologues, d’aussi puissant et émouvant, dans trois millénaires. Que vont-ils découvrir de nous, qui archivons toute notre précieuse intimité et les secrets de notre humanité sur le big data ? Nous qui faisons aveuglement confiance aux réseaux sociaux pour mémoriser nos insignifiantes existences ? Dans trois millénaires, les archéologues du futur ne trouveront certainement rien. Les données numériques qui nous fondent aujourd’hui auront été vraisemblablement effacées par un bug géant, un orage cosmique ou une main malveillante qui aura tout désintégré d’un simple clic. Il ne restera que des unités de stockage, vides et rouillées.

Il m’arrive parfois d’enterrer des clés usb au fond de mon jardin. Dessus, j’y glisse des scans de dessins inédits et inavouables, des bricoles anecdotiques ou des poèmes érotiques jamais publiés nulle part. Je me dis que, même si la coque plastique et la connexion métallique des clés se décomposent, dans trois millénaire il restera d’elles au moins le silicium, cette mémoire de sable, compacte, imputrescible et inatteignable.

Ce rituel profondément minéral – presque païen j’en conviens – m’empêche, en quelque sorte, d’avoir la nostalgie de l’avenir. Et c’est paisiblement que je pense à nos archéologues du futur.

 

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Thierry Murat

Je débarque dans la bande dessinée en 2005 à l’âge de 40 ans, ni trop vieux, ni trop jeune. Juste assez inconscient pour avoir suffisamment confiance en moi. 
En novembre 2018, ANIMABILIS est mon cinquième livre chez Futuropolis. 
J’écris et je dessine pour essayer de faire partager mes voyages immobiles, toujours à la recherche de l’hypothétique réponse à cette question : pourquoi suis-je devenu auteur ?

Les dessins précédents