Revenir en arrière

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l y a quelque temps, mon père m’a demandé de l’accompagner dans le sud de l’Italie, où il est né, pour l’anniversaire de sa sœur, ma tante. Il m’a demandé d’être le témoin de son retour à la maison, je ne pouvais refuser l’invitation.

Ça m’a toujours fait peur de « revenir en arrière ».  

J’avais peur des malentendus. J’avais peur de rester seule avec lui pendant cinq jours pour la première fois de ma vie. Je n’ai jamais été proche de mon père. 

Mais je suis partie avec lui.

Cela faisait plus de 25 ans que je n’avais pas mis les pieds dans la maison de ma tante mais j’ai été accueillie comme si je n’en étais jamais partie. J’ai retrouvé ma chère famille et j’ai écouté toutes les histoires. Sur ma grand-mère et surtout mon grand-père, le vrai fantôme de la famille. Je les ai vus, mes grand-parents, pris dans deux photos séparées. 

Ils ont été toujours séparés. A cause des guerres. 

Mon grand-père, fasciste, un soldat de Mussolini, a combattu dans toutes les guerres du Duce et terminé sa vie dans un goulag russe. Pleine d’espoir d’abord, (elle avait à peine 14 ans quand elle s’est mariée), ma grand-mère avait quatre enfants à s’occuper, elle a essayé de se débrouiller. 

Sur ces deux photos, j’ai surtout observé le visage de ma grand-mère. Elle est jeune. Je l’ai seulement connue en colère, attristée et mortifiée. En deuil. Je vais enfin pouvoir ajouter son sourire à l’album de famille.

Chiara Dattola

Née en 1978 en Italie, je considère Paris comme ma deuxième maison. Je travaille comme illustratrice pour des magazines français et éditeurs jeunesse. Je suis aussi professeur d’illustration à Milan, où je vis actuellement. Dans mes vies précédentes j’ai sûrement été boxeur, ou peut-être Gengis Khan. www.chiaradattola.com

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