Un vélo de piste à pignon fixe

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’ai croisé Véram alors que j’étais en repérages pour mon livre Sur la boucle de la Seine au Pecq, dans les Yvelines. A la cité des Vignes-Benettes, le vieil homme est venu vers moi non pas parce que je photographiais ou dessinais, mais parce que j’avais un vélo de piste à pignon fixe. À 80 ans, il tenait dans ses mains deux jantes de vélo en carbone qu’on trouve habituellement sur les vélos pros. « C’est pour mon vélo… Non, l’un de mes vélos, car j’en ai sept ! » , m’avait-il dit. Nous avons discuté de vélo, de l’Arménie d’où il venait et de la cité où il avait vécu depuis quarante ans. « Rien n’a changé ici, tout est comme avant, pareil, jamais de problèmes. Moi, j’ai pas changé moi non plus, j’ai mes vélos. J’en fais toujours, c’est pas mon âge ou mes problèmes rénaux qui vont m’en empêcher. » Tout en me montrant sa poche d’urine dissimulée sous sa large chemise, il a continué sur « l’Arménie, mon pays à moi, avec la France ».

Il avait fait le Paris-Nice avec l’équipe des cycles Clément, avait côtoyé les plus grands coureurs de l’époque, et je ne sais plus quoi d’autre tellement je buvais ses paroles. Il ressemblait au cycliste italien Fausto Coppi, avec ce nez aquilin, ce visage long et émacié, et cette chevelure noire de jais – désormais parsemée – que je parvenais sans peine à imaginer impeccablement gominée. Sa ressemblance avec ce coureur légendaire trop tôt disparu m’a poussé à le dessiner, très vite, car bien sûr Véram ne tient pas longtemps immobile, il bouge, il inspecte mon vélo, le soupèse, tourne autour pour me dire « Il pèse bien lourd ton vélo quand même » et puis finalement disparaître, aussi vite qu’il était arrivé. Au final le vélo, au contraire du dessin, fait rencontrer beaucoup de gens. »

Propos recueillis par Marion Quillard

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Aleksi Cavaillez

Illustrateur et dessinateur passé par l’école Estienne et les arts décoratifs de Paris, j’ai commencé par me faire les dents dans les Pays Baltes. Un carnet à dessin et une planche de skate sous le bras, je suis parti à la recherche de skateparks paumés. Ils sont devenus le sujet de mon premier livre, "Via Baltica". Ensuite est venu le vélo à pignon fixe sur lequel j’ai parcouru la banlieue ouest de Paris, et un second livre : "Sur la boucle de la Seine". Enfin je suis monté dans le bus de Fauve. Stylo-plume dans les poches, j’ai illustré l’album live "105.900". Malgré tous ces kilomètres, je n’ai toujours pas le permis de conduire. J’espère le décrocher un jour pour retourner dans le Caucase géorgien dont je suis tombé amoureux. J’y crois !

Voir en ligne : www.aleksicavaillez.com

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