« Une heure plus tard, mon enfant serait probablement mort »

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’été dernier, j’étais en Grèce, sur les îles de Kos et Kalymnos, avec l’ONG Médecins sans frontières. J’ai rencontré Amira, une jeune kurde de Syrie, dans la maternité de l’hôpital de Kalymnos. Je l’ai dessinée et j’ai noté son histoire :

« Mon fils Dilsoz est né il y a deux jours. Je venais d’accoster à Kalymnos, et par chance, un médecin, qui se trouvait à l’embarcadère, m’a immédiatement auscultée et a appelé une ambulance. Aucune ambulance n’était libre, alors ce sont des garde-côtes qui m’ont conduite le plus vite possible avec leurs sirènes allumées. 

Une heure plus tard, j’accouchais par césarienne. Les médecins m’ont dit que si j’étais arrivée une heure plus tard, mon enfant serait probablement mort.

Je viens de Kobané, en Syrie. J’ai tout perdu. Daesh a détruit notre maison et tué le frère de mon mari lors d’un combat. Quand, en juin, les hommes en noir de l’Etat islamique ont assassiné des centaines de personnes, nous avons fui.

Nous étions un groupe de neuf. Nous avons payé les passeurs 3.000 euros chacun pour nous rendre de Kobané jusqu’en Grèce. En Turquie, nous avons dormi des nuits durant dans les rues d’un camp de réfugiés. Puis un bateau nous a emmené sur une île des déserte. Les passeurs nous ont dit : « Vous êtes en Grèce. Il y a une base militaire à l’autre bout de l’île. Allez-y et ils vous aideront. »

Nous avons marché quatre heures à travers les montages. La chaleur était infernale: à chaque pas, je sentais que je risquais d’accoucher. Quand, enfin, nous avons atteint la base militaire, nous avons tous été arrêtés. Nous, les femmes et les enfants, avons été envoyés à Kalymnos. Les hommes, dont mon mari, sont toujours détenus dans la base militaire.

Ce n’était pas notre première tentative d’atteindre la Grèce. Une semaine plus tôt, nous avions été arrêtés par les garde-côtes turcs. Ils nous ont très mal traités. Ils nous ont reconduits en Turquie, dans un centre de détention, où nous n’avons rien bu ni mangé durant trois jours. »

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Olivier Kugler

Né à Stuttgart, en Allemagne, Olivier a passé son enfance dans un village de la Forêt-Noire. Influencé par la bande dessinée française, belge et par Otto Dix, il s’est terriblement ennuyé alors qu’il travaillait dans le design et a basculé dans l’illustration après être passé par la School of Visual Arts de New York. Depuis, Olivier travaille comme illustrateur. En 2011, il a remporté le grand prix de l’illustration du Victoria and Albert Museum (Londres).

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