« Une respiration que je m’autorise »

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’est un lundi que mon avion atterrit en Algérie. Invité pour une semaine au festival de bande dessinée d’Alger, j’ai décidé de venir malgré l’inquiétude de mes proches. La veille, ils ont appris aux infos l’enlèvement du Français Hervé Gourdel par un groupe islamiste dans le massif du Djurdjura. Vingt-quatre heure plus tard, alors que je visite les expositions du festival qui commence à peine, la nouvelle tombe : Hervé Gourdel est mort. L’otage français vient d’être décapité par les « Soldats du Califat en Algérie ».

En quelques heures, le déploiement des forces de l’ordre, déjà important, est décuplé. L’organisation du festival est à cran. Il faut assurer la sécurité des auteurs étrangers, pas question de nous laisser vagabonder dans les rues. En dehors du festival, je me retrouve consigné à l’hôtel. L’ambiance me rappelle celle des récits des journalistes claquemurés dans leur chambre aux dernières heures de la guerre du Vietnam. Il y a quelque chose d’irréel.

Au bar de l’hôtel, ça fume et ça boit pour tuer le temps. Une inquiétude diffuse pèse sur le groupe, mais la majorité des invités aimerait découvrir la ville. A force d’insister, on nous accorde une autorisation de sortie sous haute protection. Direction le Jardin d’essai. Sur près de soixante hectares, s’épanouie une végétation venue des quatre coins de l’Afrique.

Le calme des allées contraste avec l’agitation de la ville. Mal cachés dans les herbes hautes, les plus hardis des jeunes couples algérois profitent des recoins pour s’accorder des moments d’intimité. Je les devine mal à l’aise au passage des promeneurs. On m’explique qu’ici, la liberté de mœurs n’existe pas vraiment. Au milieu de cette végétation luxuriante en décalage complet avec les pensées qui m’occupent, je me mets à dessiner. Une respiration que je m’autorise.

Photo Clément Baloup

Clément Baloup

Après avoir sillonné la France, exploré l'Asie du Sud-Est et les Etats-Unis sur la piste des témoins de la guerre du Vietnam (Les mémoires de Viet Kieu tomes 1 et 2), après avoir fait des BD entre reportage et carnet de voyage sur Java, Taïwan, Séoul ou Beyrouth, c'est finalement sur le pas de ma porte, à Gémenos, que j’ai réalisé mon dernier reportage publié dans le numéro 32 de XXI : La bataille des Fralib. Mélange de témoignages et de fiction, mon dernier roman graphique, "Mémoire de Viet Kieu 3 - Les mariées de Taïwan", sorti début janvier 2017, se penche sur le commerce d'humains. Un sujet dur qu'il me semble nécessaire d'évoquer.

Voir en ligne : http://electricblogbaloup.over-blog.com

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