Une vie passée à gravir et dévaler des montagnes

le dernier chevalE

n plein milieu d’une forêt des Abruzzes, au centre de l’Italie, nous tombons sur trois chevaux au repos protégés par un chien de berger. Un peu plus loin, deux hommes chargent un camion avec de larges grumes de châtaignier. Nous nous arrêtons pour dessiner leurs magnifiques bêtes, et nous commençons à discuter : Peppe Manni, 74 ans, bûcheron comme son père et son grand-père, est l’un des derniers à utiliser des chevaux de trait. Son fils Ezio a quitté l’entreprise paternelle pour travailler à la construction de la gare de Bologne…

Nos dessins emportent l’adhésion. Ezio est sûr de nous avoir rencontrés à Bologne. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes invités à dîner. Peppe remplit les verres de son jeune vin corsé, tout en nous racontant une vie passée à gravir et dévaler des montagnes : « J’avais l’habitude d’abattre le travail de trois ou quatre hommes, j’étais le plus fort de la vallée ! », assure Peppe. « Maintenant, il n’y a plus de travail, souligne Ezio. Le bois vient de l’étranger, à des prix trop bas, et nous avons déjà dû vendre presque tous les chevaux. »

La femme de Peppe, Elisa, sert et ressert des verres de vins avec des yeux qui ne cessent de sourire : « Rapportez à Bologne les dessins que vous avez fait, car c’est une vie que personne ne peut plus imaginer ! » »

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Marina Girardi

Marina Girardi (1979) est diplômée des Beaux-Arts de Bologne. Ses créations prennent des formes insolites : laboratoire de bande dessinée sur bicyclette, spectacle de chansons dessinées pour raconter les histoires cachées dans le paysage... En 2008, elle a gagné le prix Komikazen, festival de bande dessinée réaliste de Ravenne, avec son premier ouvrage "Kurden People", traduit en français par les éditions L'Agrume.

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