1 février 2017

Christophe Boltanski rejoint XXI

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ncien de Libération puis grand reporter au Nouvel Observateur, Christophe Boltansky rejoint la revue XXI en tant que rédacteur en chef ce 1er février. Il remplace Patrick de Saint-Exupéry, co-fondateur de la revue avec Laurent Beccaria. Plus d’informations dans ce papier paru chez nos confrères de La Libre Belgique : 

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Ina 31 août 2016

Slow journalism : quand les médias changent de rythme

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vec le passage au numérique à la fin du XXe siècle, la presse s’est mise à produire toujours plus de contenus, brouillant la compréhension du lecteur. Face à cette déferlante, un modèle alternatif a émergé, le slow journalism. Quelles sont les caractéristiques de ce type de média ?

« Nous disposons d’une quantité énorme de données qui ne fonctionnent dans aucun contexte culturel. Un Européen reçoit, par exemple, l’information qu’à Lomé le chef de l’État a été écarté du pouvoir. Mais il n’a aucune idée de ce que cela signifie. Si c’est bien, si c’est mal. Il ne sait même pas à quoi lui sert cette information, à part à lui embrouiller l’esprit. » Ces remarques du grand reporter polonais Ryszard Kapuściński, citées par Philippe Lançon dans Charlie Hebdo du 6 juillet 2016, soulignent ce déferlement d’informations dont nous pouvons aisément faire l’expérience. Sur Facebook et Twitter, le fil d’actualité n’en finit pas de s’étoffer, relayant des informations souvent redondantes. Le passage au numérique de l’information a accéléré les processus de production et de consommation du savoir, complexifiant la compréhension des événements. Une étude conjointe de l’Université de Columbia et de l’Inria montre que près de 60 % des personnes partagent des articles sur les réseaux sociaux sans les avoir lus, illustrant une forme de désintérêt des lecteurs pour cette inflation informationnelle. Pourtant, des solutions existent pour s’informer avec mesure.

La question de la surcharge d’information

Avant même l’essort de l’Internet, de nombreux auteurs ont évoqué le rythme de production des savoirs. Bertram Myron Gross, chercheur américain en sciences sociales, invente en 1962 le concept d’« information overload » pour signifier un excès d’information. En 1970, le terme est repris par le journaliste et prospectiviste Alvin Toffler dans son livre à succès Future Shock, qui analyse les bouleversements technologiques de l’époque et leurs effets sur les institutions et les comportements sociaux.

Dans un article daté de 1993, le réalisateur et essayiste David Shenk nomme « infobesité » la quantité démesurée d’informations que nous avons à traiter. Le terme a été progressivement repris en France par les médias. Caroline Sauvajol-Rialland, auteure de Infobésité : Comprendre et maîtriser la déferlante d’informations, le définit ainsi : « L’infobésité, c’est le fait de recevoir plus d’informations qu’il est possible d’en traiter sans porter atteinte à l’individu ou à son activité. Il n’existe pas de seuil objectif applicable à tout le monde pour le déclenchement de cette pathologie informationnelle, parce que nous ne sommes pas tous égaux du point de vue de nos capacités intellectuelles, en particulier de nos capacités mnésiques. »

La production de données s’est ensuite démesurément amplifiée avec le passage au numérique. La quantité d’informations publiées sous ce format double tous les quatre ans.D’après Caroline Sauvajol-Rialland, nous avons produit plus d’informations ces 30 dernières années qu’en 5 000 ans d’histoire.

Cette surcharge informationnelle a une incidence sur la capacité de concentration et l’état de fatigue des individus. La mise à disposition du savoir sur supports numériques pousse les individus à compulser leurs terminaux de communication, voire à s’isoler du contact humain, à se sédentariser. Au Japon, les hikikomori sont des individus solitaires qui restent cloîtrés chez eux, vivant uniquement par le biais de leur profil sur les réseaux sociaux. « C’est extrêmement sérieux pour les pouvoirs publics, met en garde la chercheuse. La Corée du Sud, l’un des pays les plus connectés au monde avec 98 % d’accès de la population au haut débit, a ouvert ces 10 dernières années plus de 150 cliniques de déconnexion à internet. »

De la crise du modèle publicitaire à l’émergence du slow journalism

Dans les médias, le changement de rythme de production de l’information s’accompagne du déclin de l’activité journalistique traditionnelle. À l’orée des années 2000, les médias passent au numérique à marche forcée, pour suivre un public de plus en plus connecté autant que par crainte de la concurrence. Rob Orchard, fondateur de la revue britannique Delayed Gratification, observe alors avec inquiétude le déclin massif de l’investissement dans la presse. De nombreux journalistes perdent leur emploi, et les rédactions sont contraintes de créer plus de contenus, avec moins de ressources. « Nous sommes passés d’un modèle basé sur l’achat d’un produit physique avec publicité, à un modèle purement publicitaire, explique Rob Orchard. Ce nouveau modèle consistait à inciter le maximum de gens à lire des contenus provocants, à faible part créative, gratuitement sur la toile, et à gagner de l’argent en affichant des publicités invasives : fenêtres pop-up, vidéos automatiques, etc. »

En 2008, en France, l’ancien grand reporter Patrick de Saint-Exupéry lance XXI, revue trimestrielle payante consacrée au monde contemporain, mais qui prend ses distances avec l’actualité. Alors que les analyses promettent le journalisme au tout-gratuit sur la toile et à l’instantané, le projet suscite l’incrédulité. La gageure n’effraie pas non plus Rob Orchard, qui commence à imprimer Delayed Gratification en 2011. Les médias de slow journalism sont nés.

Ils proposent à leurs lecteurs des articles épurés de toute publicité, à la fois pour échapper à la dépendance économique qui sous-tend le modèle publicitaire et enchaîne les journaux aux desiderata des annonceurs, mais aussi pour épargner aux lecteurs des publicités mal perçues par une grande majorité. Afin de conquérir leur public, ces médias vont prendre le parti de produire l’information autrement, en privilégiant le plaisir de lecture, l’aspect graphique, et en changeant de rythme.

Un journalisme qui prend son temps

Le slow journalism peut se définir par un nouveau contrat passé avec le lecteur. « C’est plus que de la lecture, c’est de l’immersion », s’enthousiasme Amélie Mougey, journaliste au Quatre Heures, mensuel en ligne à l’aspect attrayant. Le slow journalism entre en rupture avec le rythme de production et de diffusion de l’information classique. « On essaie toujours d’aller en profondeur [dans l’anayse] des sujets de façon à être à l’opposé d’un média de réaction », revendique Claire Berthelemy de l’Imprévu, magazine en ligne qui s’est fait une spécialité de traiter les sujets survolés par les autres médias. Des affaires judiciaires aux catastrophes naturelles en passant par les conflits sociaux, nombreux sont les sujets qui ont fait grand bruit le temps d’un scandale avant de retourner aux oubliettes. C’est ainsi que trois mois après la prise d’un refuge fédéral de l’Oregon par des milices, qui avait fait couler beaucoup d’encre en janvier 2016, le trimestriel anglais Delayed Gratification a envoyé son photographe prendre le pouls de la région, alors que l’attention médiatique était rapidement retombée.

Aller en profondeur pour traiter les sujets, c’est aussi l’idée cachée dans les plis du 1, un hebdomadaire papier fondé par Eric Fottorino, ancien directeur du Monde, en 2014. En ne traitant qu’un sujet par semaine, le 1 veut « être instructif plutôt qu’exhaustif », à rebours des médias classiques, qui cherchent à couvrir un large éventail de sujets en un temps très court, quitte à en proposer un traitement superficiel. Chaque sujet est expliqué par des écrivains, artistes, chercheurs, pour constituer un spectre d’idées le plus large possible. Pour Manon Paulic, journaliste au 1, ce positionnement est une force : « Ce n’est pas de l’actualité brûlante mais de l’actualité qui dure. On peut prendre du recul et nos textes peuvent être lus plusieurs mois après. La pertinence est toujours la même. »

Ce qui compte, pour se réclamer du slow journalism, ce n’est pas tant le temps de lecture que le temps de confection de l’article, nécessairement long, gage de recul sur les événements, de mise en contexte. Pour Claire Berthelemy néanmoins, l’expression « slow journalism » est un peu galvaudée, comme s’il fallait se réclamer de ce label pour revendiquer une rigueur journalistique.

La narration, un remède aux représentations simplistes 

Le slow journalism fait aussi une entorse au principe d’objectivité ancré dans l’univers d’information classique. « Le journaliste n’est pas un dieu, et l’information n’entre pas dans un processus unidirectionnel, soutient Maaike Goslinga, journaliste du site néerlandais De Correspondent. Nous considérons nos lecteurs comme des experts, qui peuvent prendre part au processus de réflexion. Nous faisons parfois lire nos articles à nos lecteurs avant publication. »

Pour Patrick de Saint-Éxupéry, l’objectivité n’a pas de sens. Le travail du journaliste renvoie plutôt à une subjectivité qui s’assume, à un ensemble de choix d’auteurs. Cette subjectivité permet au slow journalism de faire le récit de ceux dont on parle peu, comme XXI décrivant le parcours de missionnaires chrétiens italiens en Centrafrique. Il s’agit aussi de raconter l’histoire d’individus à la marge de la société, à l’image de Léon, jeune personne de « genre fluide » dont le Quatre Heures a fait le portrait. Voire de donner à découvrir des mouvements contestataires. « On va voir là où ça tiraille, où il y a des frictions, explique Amélie Mougey. » Le site a par exemple raconté le projet d’une équipe de nostalgiques de la France d’avant le mariage homosexuel, qui souhaite s’établir sur une île pour refonder l’Hexagone. Pour sa part, le site Les Jours, fondé par des anciens de Libération, a rapporté le quotidien de cariocas chassés de leur favela, rasée pour faire place au village olympique.

Le retour à la narration emprunté par ces médias se veut un antidote aux représentations simplistes, un moyen d’expression qui permet de donner de la mémoire à l’information, dans une sphère médiatique où le principe du mort-kilomètre prime. Si l’actualité garde toute sa légitimité, elle peine à produire à elle seule une compréhension apaisée du monde.

Un marché de niche

Même s’il se confirme avec le temps, le succès du slow journalism réside dans un lectorat de niche. Aux Pays-Bas, De Correspondent rencontre dès sa création un franc succès. Le site s’est lancé grâce à une campagne de crowdfunding record, atteignant, en une semaine, plus d’un million d’euros de financement par 15 000 internautes. Aujourd’hui, De Correspondent déclare attirer 30 nouveaux abonnés par jour en moyenne. D’après la journaliste Maaike Goslinga, les trois quarts des nouveaux abonnés restent fidèle au Correspondent après un an. Globalement, les médias de slow journalismne connaissent pas la crise, et ne rougissent pas de leur diffusion confidentielle : « Nous n’avons pas besoin d’avoir beaucoup de lecteurs, comme pour une logique de media de masse, défend Sebastian Esser, fondateur du site allemand Krautreporter. Cela change complètement le genre de journalisme produit.»

Quant au profil des lecteurs, il est difficile à établir, les médias de slow journalism ne recourant pas aux études de lectorat. Pour Rob Orchard, l’identité de Delayed Gratification est claire : « Nous avons conçu le magazine que nous, journalistes, aurions envie de lire. » Au risque de s’adresser en priorité à un public d’initiés ? Amélie Mougey reconnaît que le modèle payant demande un effort au lecteur, habitué à grappiller l’actualité dans les journaux papier gratuits ou sur les réseaux sociaux : « Finalement, même si ce n’est pas mon idéal, on va surtout s’adresser à une population éduquée, avec un appétit particulier pour l’information, des curieux connectés, intéressés par les nouveaux formats. » Dans un univers numérique encore relativement jeune, on peut néanmoins douter que le grand public s’en tienne indéfiniment au gratuit.

William Demuyter

Retrouvez cet article sur le site de l’Ina : http://tinyurl.com/z7fpv74


Le Western Culturel 4 avril 2014

XXI, cuvée hiver 2014

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5e numéro de ce magazine qu’on lit comme un roman, un recueil de nouvelles où tout y est exact. Les personnages, si romanesques, sont issus de la « vraie vie », leurs histoires sont des récits journalistiques écrits un peu partout sur la planète. La réussite journalistique, artistique, éditoriale et commerciale fait plaisir à constater. Depuis 25 saisons, XXI cartonne en librairies. On y lit des sujets, des angles, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. La preuve par cette livraison hivernale.

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Lire l’intégralité de l’article sur Le Western Culturel, un blog dédié à l’actualité culturelle.


Les Inrocks 24 mars 2014

Dans l’ombre de XXI : in the mook for love

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e nombreux mooks s’engouffrent dans la brèche ouverte en 2008 par XXI, la revue de reportages vendue en librairies. Avec dynamisme mais pas forcément avec la même réussite, en raison d’une économie fragile et parfois faute d’originalité. Un tour d’horizon proposé par les Inrocks.

Près d’une trentaine tentent maintenant de suivre le chemin de la revue XXI qui a impulsé le mouvement il y a six ans avec le journaliste Patrick de Saint-Exupéry et le dirigeant des éditions Les Arènes, Laurent Beccaria. En janvier dernier, la veille de la sortie du n° 25 de ce mook privilégiant reportages et enquêtes, encore un nouveau-né baptisé Pulp faisait son apparition, avec l’idée de conquérir les 15/25 ans. Et plusieurs équipes tentent encore de boucler leur tour de table et le numéro zéro de leur future revue.
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Pour Adrien Bosc, qui s’est lancé en 2011 avec Feuilleton, titre généraliste reprenant des textes étrangers, la profusion « est d’abord liée à l’accueil médiatique qui a été réservé aux premiers mooks ». Ceux-ci ont profité d’un a priori positif, notamment de la part des journalistes. Lesquels sont confrontés dans leur propre média à une uniformisation de l’information et à une réduction de l’espace rédactionnel… et observent avec envie ce que proposent ces titres. Car « un magazine fera 6 000 signes d’un entretien de deux heures. Nous, on n’hésitera pas si nécessaire faire 60 000 signes. Nos publications sortent tous les trois mois, le lecteur a tout le temps de nous lire », argue Frédéric Houdaille, dont la maison d’édition La Tengo spécialisée dans le polar publie Charles, qui traite de la politique, et Schnock. Ce dernier, qui ressemble à un pari délirant de nostalgiques de la culture des plus de 40 ans en revisitant la vie et l’œuvre d’icônes des années 70, comme Daniel Prévost ou Jean Yanne… ou dernièrement Guy Bedos, en est déjà à son dixième numéro.

Mais cet appétit pour le slow média n’explique pas tout. Dans un secteur médiatique économiquement secoué, des journalistes voient dans le mook une perspective de reconversion. Et, avec des ventes à plus de 40 000 exemplaires et les comptes de sa société éditrice, Rollin Publications, dans le vert – 211 000 euros de bénéfices pour 1,782 million de chiffre d’affaires en 2011/2012 –, la revue XXI suscite moults vocations.
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Sauf que tous n’atteignent pas les mêmes sommets que ceux qui ont ouvert la voie. Rares même sont ceux qui, tel France Culture Papier – une déclinaison des entretiens de la radio publique – , ou L’Eléphant – qui se veut la revue de la culture générale –, ont pu enregistrer des ventes en dizaines de milliers d’exemplaires. A l’instar de Feuilleton et de Schnock, quelques titres se sont stabilisés aux alentours de 5 000 à 10 000 exemplaires. Et parfois moins, avec forcément des conséquences drastiques. Le dernier numéro d’Alibi, créé en 2011 par Marc Fernandez et Paolo Bevilacqua, a dû faire une souscription pour être imprimé à l’automne 2013. Auparavant, Usbek et Rica, une revue lancée à l’été 2010 par Jérôme Ruskin et Thierry Keller et qui voulait explorer le futur, a assuré le sien après 4 numéros en se transformant en classique magazine de presse vendu en kiosques à 5,90 € au lieu de 15 € précédemment.

Des groupes de presse se sont à l’inverse aventurés dans le mook, mais là encore sans succès garanti. L’Equipe, qui a tenté le coup en mars 2012 avec Hobo, revue trimestrielle de photographies sportives, a rapidement déclaré forfait. L’Express-Roularta n’a pas non plus vraiment convaincu avec son Long Cours, très inspiré par XXI. A croire que le public lui préférait l’original. Pour un directeur de publication, « il ne suffit pas de le concevoir comme une simple diversification permettant de capter d’autres recettes. D’autant que la diffusion en librairies ne suit pas le même fonctionnement qu’en presse ».
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Un autre axe important consiste à aller à la rencontre du public. “Il faut faire l’effort d’aller chercher le lectorat non captif, celui qui ne s’intéresse pas à la BD, explique par exemple Franck Bourgeron. C’est un vrai de travail de grignotage, car il faut être présent sur les salons, les réseaux sociaux, monter des rencontres…” Les libraires saluent le dynamisme de ces éditeurs, dont celui affiché par le leader XXI, très présent sur le terrain. La librairie Mollat par exemple, célèbre établissement bordelais, apprécie d’autant plus d’organiser ces rencontres que “la clientèle des mooks est généralement consommatrice de culture”.

A Strasbourg, la librairie Kleber estime que “s’ils n’étaient pas là, le rayon des revues littéraires connaîtrait des difficultés”. Par ailleurs, ces publications ont l’avantage, comme les livres, d’avoir un délai de péremption quasi inexistant. “Les ventes sont régulières et on garde les anciens numéros, qui sont souvent réclamés”, note le responsable d’Ombres Blanches, boutique de Toulouse. Schnock a ainsi écoulé son premier numéro, avec Jean-Pierre Marielle en couverture, à 14 000 exemplaires, après un tirage initial à 5 000 exemplaires. Entre-temps, La Tengo a commandé sa quatrième réimpression.

Lire ici l’intégralité de l’article sur le site des Inrocks


Harpers magazine 3 octobre 2013

XXI dans le Harper’s magazine

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y Laurent Beccaria and Patrick de Saint-Exupéry, from an essay included as an insert in the Winter 2013 issue of the French quaterly XXI. Beccaria is the publisher of the journal ; Saint-Exupéry is editor in chief. Translated from the French.

Cliquez sur les images ci-dessous pour agrandir le texte :




France Inter 14 septembre 2013

Un ghetto pour millionaires, sur France Inter

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ournaliste indépendante, lauréate du Prix Albert Londres, Sophie Bouillon travaille pour Courrier International et la revue XXI. Elle signe, dans le dernier numéro, un reportage « sous le ciel bleu de la cité idéale. » Visite de Dainfern, forteresse pour millionnaires non loin de Johannesburg.

Réécouter l’interview de Sophie Bouillon du 14 septembre 2013 :


Non Fiction 27 février 2013

« La presse doit aider à faire société plutôt que de contribuer à l’entretien de micro-sociétés »

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e site internet Nonfiction.fr, plateforme dédiée à « l’actualité des idées et à la critique de livres » réagit au manifeste de XXI. Tout en partageant les propositions avancées par les créateurs de la revue, il s’interroge sur le bienfondé d’une généralisation du « modèle » XXI.

«Faut-il encore présenter la revue XXI ? Sa couverture colorée au format paysage richement illustrée est devenue depuis cinq ans un élément familier des maisons de la presse tout comme des librairies.

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Dans la vingtaine de pages que compte ce manifeste, les deux fondateurs de la revue reviennent sur l’état actuel de la presse et dressent un constat peu reluisant.

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L’équipe de XXI en appelle donc à une refondation de la presse qui peut faire écho au manifeste du Spill (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne). Soulignant l’indépendance, la robustesse et la longévité du Canard Enchaîné (en activité depuis 1915), ils proposent une presse sans publicité. Il faut cesser de produire des contenus pour les annonceurs. Mais, au contraire,pour les lecteurs en mettant l’exigence de qualité – fondée sur le reportage approfondi – en avant. Cette refondation passe par quatre nouveaux piliers : se donner le « temps », investir le « terrain », prêter attention à « l’image » et à la « cohérence » de l’offre éditoriale.

Difficile de ne pas être d’accord sur le principe avec ces propositions bien amenées et appuyées sur l’expérience du succès de la revue XXI. Par ailleurs, l’information récente selon laquelle le New York Times dégagerait désormais plus d’argent avec ses lecteurs qu’avec ses annonceurs, semble aller dans le même sens. L’information de qualité se doit d’être payante et si possible financée par les lecteurs et non par la publicité.

Quelle transposition ?

Toutefois, XXI tout comme Mediapart, au modèle similaire, ne dépassent pas les 100 000 lecteurs/abonnés malgré la qualité des contenus. N’en déplaise à leurs fondateurs, XXI reste un livre-objet bien situé dans un marché de niche, peut-être pas exclusivement réductible aux bobos comme s’en défendent ainsi les auteurs du « Manifeste » (sans pour autant avancer de données sociologiques quantitatives précises). De même Mediapart se concentre (de façon salutaire) sur les affaires politiques ou du moins le journal en est réduit à cet aspect aux yeux de l’observateur extérieur quand bien même il faut reconnaître que peu de journaux mettent en une des critiques d’ouvrages et que les partis-pris poussent assez loin l’analyse.

En bref, le public de ces nouveaux entrants est-il extensible à l’envie ou sommes-nous confrontés à des médias ayant trouvé leur niche ? Historiquement, la presse est liée à la révolution industrielle, à la démocratie où les masses jouent un rôle de plus en plus important. N’est-ce pas affaiblir sa portée de potentiel « quatrième pouvoir » que de la limiter aux formes prescrites par XXI ? La presse doit aider à faire société et ne pas contribuer seulement à l’entretien de micro-sociétés.

Enfin, dans le cas de XXI, on peut rester un amoureux du papier et apprécier leur démarche éditoriale, mais n’est-il pas nuisible à la diffusion de leurs idées et à l’ouverture d’un débat constructif sur l’état de la presse que de cantonner ce « Manifeste XXI » à leur édition papier ? Lecture sur écran n’est pas antinomique de savoir prendre son temps.»

Le 25/02/2012, Nonfiction.fr

Lire l’article en intégralité


France Inter 18 février 2013

« Le sauveur  » sur France Inter

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runo Duvic évoque dans la revue de presse de France Inter le reportage d’Eric Lemasson sur Mohamed Chelali, le « touriste-témoin » qui sauva la vie de Jacques Chirac en 2002. »Mohamed, l’homme qui sauva le président » a été publié dans le numéro 21 de XXI, en librairie depuis le 10 janvier 2013.

Réécouter la revue de presse du 18 février 2013 :


Mardi ça fait désordre 18 février 2013

« Vive le journalisme et vivent les brèches ouvertes par Internet »

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Après avoir interrogé Patrick de Saint-Exupéry et Bernard Poulet, François Bernheim, auteur du blog de Mardi ça fait désordre*, poursuit son exploration des maux de la presse en donnant la parole à Philippe Merlant, journaliste et auteur du livre Médias, la faillite d’un contre-pouvoir, avec Luc Chatel.

Vive le journalisme et vivent les brèches ouvertes par Internet

Une excellente nouvelle. C’est ainsi qu’il faut qualifier la réussite de XXI, cinq ans après sa création par Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, et le manifeste « Un autre journalisme est possible », lancé par les initiateurs de ce trimestriel hors norme à l’occasion de son cinquième anniversaire. Une excellente nouvelle car, en privilégiant le retour d’un journalisme exigeant, fait de désir et de qualité, au détriment d’un marketing de pacotille, XXI est venu rouvrir l’espace des possibles dans les médias. Une excellente nouvelle car le succès rencontré par cette revue, qui donne toute sa place aux rythmes longs, est venu démentir la tendance généralisée à « faire plus court, toujours plus court »… Cette injonction étant elle-même justifiée par l’imbécilité serinée depuis des années dans les salles de rédaction : « Le lecteur n’aime pas lire ! » Imaginez un peu un boucher qui aurait intégré l’idée que ses clients n’aiment pas la viande et qu’il faudrait absolument la faire passer pour des fruits et légumes pour continuer à refourguer sa camelote ! C’est pourtant exactement ce que font les grands médias d’information depuis des décennies…

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J’émets cependant quelques réserves sur le diagnostic que [les co-fondateurs de XXI] dressent de la « révolution numérique ». « En basculant sur le Web, le journalisme ne change pas simplement de support, il change aussi de nature », peut-on lire dans les premières pages du manifeste. Sans doute. Mais les auteurs me semblent parfois tomber dans une diabolisation de l’Internet, rendu responsable de tous les maux actuels (même si d’autres passages du manifeste expliquent bien l’inverse, à savoir que les dérives existaient déjà avant le passage au Net). Je ne suis pas de cet avis et voudrais rappeler ici quelques intérêts de la mutation en cours, même si celle-ci connaît évidemment ses limites et dysfonctionnements.

D’abord, l’un des mérites de l’émergence d’un nouveau paysage médiatique, certes chaotique et souvent erratique, façonné par l’explosion d’Internet et des réseaux sociaux, est de mettre en pleine lumière la faillite de l’ancien. En ouvrant le champ de l’information à des acteurs, des pratiques et des thématiques inédits, on mesure à quel point l’univers des médias traditionnels est devenu auto-référencé, mimétique et sclérosé. La toile révèle combien ces grands médias reproduisent à l’infini les mêmes sujets et les mêmes modes de traitement, comparé à la multiplicité et à l’extrême variété des informations diffusées sur le Net. Et s’ils peinent à faire entendre leur différence, à affirmer leur supériorité sur les acteurs non professionnels de l’information, n’est-ce pas parce qu’ils ont abandonné ce qui faisait la spécificité de la démarche journalistique : le travail de terrain, à base de reportages et d’enquêtes ? N’est-ce pas parce qu’ils se contentent de relayer des sources d’information qui sont devenues, de fait, grâce à Internet, directement accessibles au public ?
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Lire l’interview en intégralité

*Mardi ça fait désordre

Pour en savoir plus : http://latelelibre.fr/libre-posts/le-magazine-vivant-mardi-ca-fait-desordre/


Mardi ça fait désordre 18 février 2013

Déni de démocratie

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Après avoir interrogé Patrick de Saint-Exupéry, François Bernheim, auteur du blog de Mardi ça fait désordre*, poursuit son exploration des maux de la presse en donnant la parole à Bernard Poulet, journaliste et auteur du sombre tableau publié en 2009, La fin des journaux et l’avenir de la presse

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Si je saisis bien la thèse que vous soutenez dans votre livre, les personnes d’un milieu culturel et social privilégié pourraient encore avoir accès à des médias intéressants, alors que la masse n’aurait droit qu’à une information édulcorée ?

Je le crains, sans préjuger de ce que les évolutions technologiques à moyen terme peuvent apporter. On n’avait pas prévu ce qu’un téléphone portable comme l’Iphone pourrait offrir. En termes plus précis, on va avoir une information riche pour les riches et une information pauvre pour les pauvres. A court terme, je ne vois pas grand-chose d’autre émerger. Certes, il existe des services publics d’information comme France Culture, France Info, qui donnent des éléments d’information de qualité. Il en va de même pour la BBC.

Il y a là un véritable déni de démocratie…

Oui. Quand je dis que je ne souhaite pas payer trop cher mon information, je sais en même temps que c’est illusoire, parce que cela va me coûter cher. Le fait que tout le monde n’ait pas un niveau équivalent d’information est un problème démocratique considérable. C’est très grave.

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On est en train d’assister objectivement à une explosion des anciens modèles, qui laisse un champ de ruines. On aura toujours besoin d’information et à terme, on trouvera d’autres modèles de production de l’information. Dans la phase actuelle, il ne faut pas se raconter d’histoires, on n’aura pas une information de masse de qualité. On peut faire XXI, Books, je participe également à la création d’une revue. Ce seront des médias de niche. Un terminal Bloomberg à 1800 dollars par mois répondant à des besoins professionnels, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

On a eu au XXe siècle avec la presse quotidienne, comme le New York Times, une information de qualité produite par des rédactions comprenant un très grand nombre de journalistes compétents. Les conditions pour produire cette information là ne sont plus réunies. Certes toute description un peu rapide est caricaturale. Un quotidien comme Le Monde, s’il a eu des millions de lecteurs, n’est pas exactement un média de masse. La revue XXI, même si trois personnes lisent le même exemplaire, cela ne représente que 150 000 personnes. Elle ne couvre d’ailleurs pas tout le champ de l’info et privilégie l’enquête, le reportage. Par qui les gens vont-ils être informés ? TF1 ? LCI ? C’est sans doute comme cela que ça va se passer. Il y a un vrai manque.

(…)

Dans votre livre, vous citez Maurice Levy, qui annonce aux patrons de presse que la manne publicitaire, même après la crise, ne reviendra plus. Je trouve cela assez curieux, car depuis vingt ans au moins la publicité généraliste dans les achats de sociétés faits par son groupe tient de moins en moins de place. Le numérique, le marketing direct, l’événementiel, les relations publiques par contre sont devenues prépondérantes. Il y a donc là un aspect structurel qui s’inscrit sans surprise dans la durée.

Certes, mais le discours de Maurice Levy doit aussi être compris comme s’adressant à un auditoire qui refuse de voir les choses en face. Pour eux, il convient surtout de ne pas être alarmiste. Mais on doit tirer l’échelle. Le financement de la presse par la publicité, c’est fini.

Lire l’interview en intégralité

*Mardi ça fait désordre

Pour en savoir plus : http://latelelibre.fr/libre-posts/le-magazine-vivant-mardi-ca-fait-desordre/