Mardi ça fait désordre 18 février 2013

Déni de démocratie

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Après avoir interrogé Patrick de Saint-Exupéry, François Bernheim, auteur du blog de Mardi ça fait désordre*, poursuit son exploration des maux de la presse en donnant la parole à Bernard Poulet, journaliste et auteur du sombre tableau publié en 2009, La fin des journaux et l’avenir de la presse

(…)

Si je saisis bien la thèse que vous soutenez dans votre livre, les personnes d’un milieu culturel et social privilégié pourraient encore avoir accès à des médias intéressants, alors que la masse n’aurait droit qu’à une information édulcorée ?

Je le crains, sans préjuger de ce que les évolutions technologiques à moyen terme peuvent apporter. On n’avait pas prévu ce qu’un téléphone portable comme l’Iphone pourrait offrir. En termes plus précis, on va avoir une information riche pour les riches et une information pauvre pour les pauvres. A court terme, je ne vois pas grand-chose d’autre émerger. Certes, il existe des services publics d’information comme France Culture, France Info, qui donnent des éléments d’information de qualité. Il en va de même pour la BBC.

Il y a là un véritable déni de démocratie…

Oui. Quand je dis que je ne souhaite pas payer trop cher mon information, je sais en même temps que c’est illusoire, parce que cela va me coûter cher. Le fait que tout le monde n’ait pas un niveau équivalent d’information est un problème démocratique considérable. C’est très grave.

(…)

On est en train d’assister objectivement à une explosion des anciens modèles, qui laisse un champ de ruines. On aura toujours besoin d’information et à terme, on trouvera d’autres modèles de production de l’information. Dans la phase actuelle, il ne faut pas se raconter d’histoires, on n’aura pas une information de masse de qualité. On peut faire XXI, Books, je participe également à la création d’une revue. Ce seront des médias de niche. Un terminal Bloomberg à 1800 dollars par mois répondant à des besoins professionnels, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

On a eu au XXe siècle avec la presse quotidienne, comme le New York Times, une information de qualité produite par des rédactions comprenant un très grand nombre de journalistes compétents. Les conditions pour produire cette information là ne sont plus réunies. Certes toute description un peu rapide est caricaturale. Un quotidien comme Le Monde, s’il a eu des millions de lecteurs, n’est pas exactement un média de masse. La revue XXI, même si trois personnes lisent le même exemplaire, cela ne représente que 150 000 personnes. Elle ne couvre d’ailleurs pas tout le champ de l’info et privilégie l’enquête, le reportage. Par qui les gens vont-ils être informés ? TF1 ? LCI ? C’est sans doute comme cela que ça va se passer. Il y a un vrai manque.

(…)

Dans votre livre, vous citez Maurice Levy, qui annonce aux patrons de presse que la manne publicitaire, même après la crise, ne reviendra plus. Je trouve cela assez curieux, car depuis vingt ans au moins la publicité généraliste dans les achats de sociétés faits par son groupe tient de moins en moins de place. Le numérique, le marketing direct, l’événementiel, les relations publiques par contre sont devenues prépondérantes. Il y a donc là un aspect structurel qui s’inscrit sans surprise dans la durée.

Certes, mais le discours de Maurice Levy doit aussi être compris comme s’adressant à un auditoire qui refuse de voir les choses en face. Pour eux, il convient surtout de ne pas être alarmiste. Mais on doit tirer l’échelle. Le financement de la presse par la publicité, c’est fini.

Lire l’interview en intégralité

*Mardi ça fait désordre

Pour en savoir plus : http://latelelibre.fr/libre-posts/le-magazine-vivant-mardi-ca-fait-desordre/


Indications 15 février 2013

« Nous avons ouvert une brèche dans un journalisme qui n’allait qu’à sens unique »

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ndications est une revue littéraire dont l’objectif est d’éveiller l’esprit critique des jeunes. Dans son numéro 396, elle interroge Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la revue XXI :

Indications : Vous avez débuté votre carrière de journaliste à 19 ans. Vous avez couvert l’Afrique, l’Iran, la Libye, la guerre du Golfe, pourquoi avez-vous décidé de quitter la presse écrite pour lancer il y a quatre ans cette revue de reportage ?

Patrick de Saint-Exupéry : J’étais et je reste convaincu que le modèle des mass medias est à bout de course. Toute l’économie de l’information se construit sur un modèle, celui de l’information formatée. C’est pourquoi XXI est né à cheval entre la presse et l’édition : pour sortir du cadre traditionnel, pour aller plus loin que la dépêche d’agence. À la base, Laurent Beccaria (ndlr : directeur des éditions Les Arènes) et moi-même n’avions que des exigences : nous inscrire dans le réel, sans jamais céder à la fiction, sans jamais rien céder sur la valeur journalistique. L’idée de cette revue est de placer l’actualité en perspective, en la mettant en forme grâce au récit, pour la raconter dans toute sa complexité en faisant confiance à l’intelligence des lecteurs, à la capacité des mots à raconter le monde. Il fallait créer un autre modèle, à contre-courant de la culture du zapping, de l’instantanéité qui caractérise tellement l’information d’aujourd’hui. L’actualité ressemble à un puzzle en désordre, l’info est désarticulée, elle va trop vite, elle ne s’inscrit plus dans le réel.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Patrick de Saint-Exupéry ci-dessous :

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Internazionale 8 février 2013

XXI dans la presse italienne

V

endredi 8 février, l’hebdomadaire italien Internazionale, équivalent transalpin de Courrier International, évoque le manifeste de XXI.

«La multiplication des médias – papier, télé, radio, réseaux sociaux – a provoqué une explosion des contenus et des méthodes utilisées pour produire de l’information. Pour le meilleur ? Pas vraiment, considère la revue XXI, qui a publié récemment un manifeste sujet à de nombreuses discussions en France.

Le prestigieux magazine d’enquêtes, de reportages et de portraits, que les lecteurs d’Internazionale connaissent bien, propose une analyse lucide des changements introduits dans l’information depuis l’arrivée d’Internet. (…)»

Lire l’intégralité de l’article (en italien)


Le soir 8 février 2013

Le New York Times bénéficiaire
grâce à ses lecteurs

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Le New York Times a pour la première fois l’an dernier tiré davantage de revenus de la vente de ses journaux, y compris en ligne, que de la publicité, et a renoué avec les bénéfices. De quoi pousser la presse à s’émanciper des annonceurs?

La presse peut-elle survivre sans la publicité ? La question se pose depuis l’avènement d’internet et la fuite des annonceurs des journaux. Une première réponse avait été donnée par le trimestriel XXI en France, qui fait des bénéfices sans l’aide d’annonceurs, tout comme Mediapart. Aujourd’hui, c’est le New York Times qui annonce que pour la première fois de son histoire, a gagné plus d’argent grâce à ses lecteurs qu’avec la publicité. (…)»

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La tribune 6 février 2013

« La presse se réjouit de l’aumône faite par Google »

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ercredi 6 février, Patrick de Saint-Exupéry répondait aux questions de La Tribune. Il fustige l’accord passé entre Google et les éditeurs de presse français.

« Ancien grand reporter et correspondant à l’étranger pour le Figaro, Patrick de Saint-Exupéry a créé il y a cinq ans, avec Laurent Beccaria, patron des éditions Les Arênes, XXI, un trimestriel à mi-chemin entre le livre et le magazine consacré au reportage et à la narration. En 2011, un semestriel dédié à la photo, « Six mois », a vu le jour. En 2012, l’entreprise, qui ne vit que de ventes en librairie et d’abonnements, a réalisé 6 millions d’euros de chiffre d’affaires et un bénéfice de 450.000 euros. Elle n’a aucun budget marketing, et consacre seulement 8% de son chiffre d’affaires aux frais de gestion. Chaque trimestre, XXI s’écoule à plus de 55.000 exemplaires. Dans le dernier numéro, un manifeste appelant à un « autre journalisme » et dénonçant certaines dérives sur le Net a suscité la polémique, les détracteurs accusant les signataires de tenir des positions rétrogrades vis-à-vis des nouvelles technologies. Patrick de Saint-Exupéry revient sur l’accord signé avec Google et sur les problèmes de la presse, en particulier dans la publicité.

La Tribune – Que pensez-vous de l’accord signé par Google avec les éditeurs de presse?

Patrick de Saint-Exupéry – Je trouve stupéfiant de voir que la presse se réjouisse de recevoir une aumône de la part de Google tout en acceptant de se mettre entre ses mains. Surtout quand l’on pense au montant: 60 millions d’euros pour 140 sites [en l'occurrence plutôt 170, ndlr], cela fait un peu plus de 400.000 euros chacun en moyenne. En outre, Google présente comme une grande avancée le fait de partager ses outils publicitaires. Pour recevoir un peu d’argent à court terme, les éditeurs traditionnels sont donc prêts à livrer des informations essentielles qui les concernent, avec le risque de passer sous la coupe du moteur de recherche. Et pendant ce temps, la question fiscale sur Google est passée au 2nd ou au 3ème rang des priorités du gouvernement. (…) »

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Afrique magazine 6 février 2013

« Ce manifeste devrait interpeller nos lecteurs »

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Comment sauver la presse écrite ? Et si le numérique était un «piège mortel» ? Peut-on et doit-on vivre sans publicité ? » Dans son numéro de février, le mensuel Afrique magazine se fait l’écho du «manifeste pour un journalisme utile» de XXI. Il en reproduit une partie, espérant « interpeller [ses] lecteurs ».

«Cinq ans que Laurent Beccaria, directeur de publication, et Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef, publient le trimestriel de grands reportages qu’ils ont cofondé, XXI, revendiquant la pratique d’un «journalisme graphique», avec «une narration différente», une «très belle palette d’émotions, graves, tendres ou drôles»… (…) Leurs lecteurs leur ont «beaucoup appris sur le changement d’époque», écrivent-ils, fiers d’avoir tissé avec un public fidèle des liens réciproques, de confiance, affranchis de ces messages publicitaires qui, selon eux, soutiennent de plus en plus les médias «comme la corde le pendu». «Conçue pour les lecteurs et non les annonceurs, la presse du XXIe siècle pourra se développer aussi bien en ligne que sur papier. Tout est ouvert.» Ce qui compte, c’est la qualité et l’indépendance. Le débat évidemment nous concerne aussi. Il concerne la presse panafricaine et africaine, même si la question des ressources est plus complexe sur notre zone. Ce manifeste devrait donc interpeller nos lecteurs.»

Cliquez sur le lien pour afficher l’article et les extraits du manifeste qui l’accompagnent


Mardi ça fait désordre 6 février 2013

« Le débat papier contre écran est totalement éculé »

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atrick de Saint-Exupéry répond aux questions de François Bernheim sur le blog du « magazine vivant », Mardi ça fait désordre. Extraits.

«Au delà d’une éventuelle option marketing, quelle a été votre intention en lançant le manifeste « Un autre journalisme est possible » ?

S’inscrire dans une option marketing était possible, mais cela n’a pas été le cas. On s’est simplement posé la question suivante : la revue XXI, après cinq ans, en arrive à son numéro 21. Il fallait faire quelque chose. Dans la symbolique c’est quelque chose d’important. Au départ beaucoup pensaient l’aventure impossible. Tous ceux qui travaillent sur la revue se sont mis à réfléchir. On a échangé entre nous, plusieurs possibilités ont été évoquées. Comme ici on n’est jamais pressé, on a, au fur et à mesure éliminé tout ce qui nous semblait un peu gadget. Une seule idée est restée, celle du manifeste. Cela fait partie des choses de la vie, nous avons pris le temps de discuter, d’échanger, de parler entre nous, ce faisant nous nous sommes rendu compte que nous avions appris plein de choses. Sans le faire exprès, nous avons verbalisé notre expérience et c’est devenu le manifeste. Nous nous sommes rendu compte que la richesse de notre expérience nous avait amené à nous poser des questions qui sont rarement évoquées dans l’univers journalistique. Cela nous a également amené à une prise de conscience : en l’espace de cinq ans nous avons créé deux revues qui fonctionnent très bien. C’est incroyable ce qui reste à faire, le nombre de choses qu’il est possible d’envisager sérieusement.

(…)

Comment avez vous appréhendé les réactions des lecteurs et des professionnels ?

Il y a eu trois types de réactions :

1/ Celle des soutiers de l’information, c’est à dire des gens qui pratiquent le métier de journaliste. Là il y a eu une très forte adhésion au contenu du manifeste, on a reçu de nombreux messages. La photocopieuse marche à plein dans les différentes rédactions.

2/ Du côté des lecteurs l’adhésion a encore été plus forte. Ce qui est fascinant, c’est que les lecteurs ont au bout des doigts un ressenti formidable, mais ils ont beaucoup de mal à le verbaliser. En revanche quand vous leur donnez des mots, ils les comprennent et vont plus loin. Je trouve leurs réactions bluffantes, d’une grande richesse, je n’en reviens pas.

3/ Les réactions des entrepreneurs ou des structures de presse, des directions générales. Cela a commencé d’une façon un peu hautaine : « Ils sont sympas ces petits gars » et cela a viré très vite à l’autisme. On ferme les écoutilles. Ça passera. Dans quinze jours ou trois semaines on n’en parlera plus. Il n’y a pas de commune mesure entre la responsabilité de grosses entreprises comme les nôtres et une petite entreprise. Ces réactions ont leur logique, mais l’autisme dans la situation actuelle on sait, hélas, où cela mène.

Vous ne niez pas les réalités économiques, mais les schémas qui sont rentables en théorie ne tiennent pas compte de la lassitude, voire du désintérêt croissant du lecteur. Bien sûr, il y a débat, des gens comme Bernard Poulet ont une vision très noire de la situation.

La vision de Bernard me gène. Si la presse meurt, c’est de la faute d’internet. Pour moi ce n‘est pas la bonne grille d’analyse. Internet a accéléré mais n’est pas la cause de la crise du journalisme. Pour nous le débat n’est pas papier contre écran. C’est totalement éculé. C’est une discussion sans intérêt. La seule question qui vaille est : qu’est-ce qui nous permet de faire du journalisme ? Quelle est la rationalité économique qui nous donne les moyens d’exercer notre métier ?

(…)

L’électronique comme vous l’évoquez dans un précédent numéro de la revue pourrait –elle être assimilée à une drogue où le sens des choses serait oublié au profit de l’excitation. Est-ce préoccupant, comment combattre cette chose qui toucherait journalistes et lecteurs ?

Il n’y a pas besoin de la combattre. Le lecteur est totalement indifférent à cette pression de l’instantanéité, à son rythme effréné, à cette création permanente de suspense qui veut que l’on vous tienne au courant de tout et à tout moment, dans les moindres détails. C’est insupportable sur la durée, personne n’a cette capacité d’attention. En revanche il est vrai que les journalistes peuvent être fascinés par cette puissance qui leur donne l’impression de dominer le temps et l’espace. Il y a là une confusion sur ce qu’est le journalisme. Il y a moins de deux mois je vais sur le blog d’Alice Antheaume qui est directrice adjoint de l’école de journalisme de Sciences po. Je lis le titre d’un article « L’avenir du journalisme passe par la maîtrise du code ». La formulation sous forme d’injonction est incroyable. Aucun journaliste n’oserait écrire un pareil titre. En lisant l’article on comprend qu’il s’agit en fait de maîtriser l’algorithme. Au mieux on pourrait dire que la maîtrise de l’informatique passe par la maîtrise du code. La confusion entre le journalisme et les moyens mis à sa disposition est totale. On y perd tant l’est et l’ouest que le sud et le nord.

(…)

A la fin du manifeste vous écrivez : « Des pans entiers du monde, de la société, de notre vie ne sont plus arpentés »…

Je suis frappé, les journaux ne racontent plus le monde, si les lecteurs les désertent c’est qu’ils ne s’y retrouvent pas. Renouer le lien est un travail considérable.

(…)

Y –a-il dans les circonstances actuelles un tempo qui soit en phase avec un journalisme plus accompli ?

La vraie question est là, c’est celle de la temporalité. Qu’il s’agisse d’un quotidien, d’un hebdo, d’un mensuel, d’un trimestriel, vous devez avoir un rapport singulier au temps. La relation au temps de la presse quotidienne est d’une pauvreté affligeante. A quelques exceptions près, il n’y pas de réflexion là dessus, pas d’écriture qui intègre différentes temporalités Dans un quotidien, on ne peut se contenter de répercuter les nouvelles. Dans chaque rythme, il doit y avoir une réflexion.

Au début de l’année trois hebdos, l’Express, Le Point , Le Nouvel Obs ont fait en même temps une couverture sur les francs maçons. Comment se situent-ils par rapport au temps qui est une préoccupation majeure de chacun dans son quotidien ? C’est aussi une question de bon sens. Les lecteurs de XX1 semblent avoir compris qu’à travers les questions que nous nous posons sur les médias, l’autisme de beaucoup de dirigeants, se jouait quelque chose de plus important au niveau de la société et de la démocratie qui doivent accepter de se remettre en question.»

Lire l’interview en intégralité

Mardi ça fait désordre

Pour en savoir plus : http://latelelibre.fr/libre-posts/le-magazine-vivant-mardi-ca-fait-desordre/


Europe créative 6 février 2013

 » S’informer n’est pas synonyme de passivité « 

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e 29 janvier, le site Europe créative, « laboratoire citoyen ouvert et indépendant d’idées, de projets et d’actions », revenait sur la disparition de l’hebdomadaire Newsweek dans sa version papier, évoquant au passage le « pavé dans la mare » lancé par XXI avec son manifeste. « Dans cette période de remise en question, l’un des acteurs majeurs n’est pas encore entré sur scène », écrit l’auteur de l’article. Il invite les lecteurs à prendre part au débat. Extraits.

« Acculé par ses dettes et une évolution des médias que l’on dit implacable, Newsweek n’est plus… ou, du moins, a-t-il trouvé refuge derrière les frêles palissades d’un écran LCD. Après 80 ans d’existence, l’hebdomadaire cède la main. Son PDG, Baba Shetty, l’a annoncé lors d’une conférence de presse organisée en octobre 2012. Le dernier numéro sorti des presses paraitrait le 31 décembre. Accompagné de la responsable des rédactions du groupe, Tina Brown, il expliquait alors que le titre avait gravement souffert de la baisse des recettes publicitaires. Un manque à gagner considérable qui, selon Shetty, aurait précipité la chute du magazine et sa conversion au web intégral.

(…)

Fleuron de la presse d’outre-atlantique, Newsweek était diffusé à plus de trois millions d’exemplaires sur le territoire américain et quatre autres millions étaient distribués dans 190 pays différents. Des chiffres importants pour un hebdomadaire encore considéré comme une référence dans le monde de la presse.

(…)

A l’image de Newsweek, certaines publications françaises abandonnent le papier pour se consacrer exclusivement au web. La Tribune et France Soir sont de celles-ci. Rongés par les dettes et en perte de vitesse, les deux quotidiens ont fait l’objet de lourdes restructurations, notamment synonymes de licenciements massifs. Si le titre économique subsiste sur le web, France Soir a sombré corps et biens le 23 juillet 2012 après que le tribunal de commerce de Paris ait prononcé la liquidation pure et simple de la société.

(…)

Comme l’évoque l’idéogramme représentant le mot « crise » dans la langue de Confucius, la période actuelle renvoie aux incertitudes d’une profession – le journalisme – et aux dangers qui la guettent. Mais elle est également propice aux remises en question les plus profondes, à la mutualisation des intelligences et l’émergence de nouveaux concepts.

(…)

Newsweek disparaît donc des kiosques, laissant derrière lui une dernière Une avec pour seul titre la mention « #LastPrintIssue ». Le Hashtag précédant l’épitaphe semble désigner l’auteur du forfait. Le web est appelé à la barre. Coupable idéal ou véritable bourreau ? Certaines rédactions n’hésitent plus à s’engager dans un débat parfois houleux. Fort d’un succès éditorial et commercial indéniable, XXI vient d’ailleurs de publier un manifeste pour un « autre journalisme » à l’occasion de son cinquième anniversaire. Fustigeant le suivisme et le culte voué au buzz-roi-du-net, le plaidoyer de ses fondateurs, Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria, se réfère à une certaine histoire de la presse tout en proposant une autre route que celle imposée par la précarité et le marketing. Revenir aux sources, placer le journalisme au cœur de toutes préoccupations, ne pas se laisser dicter une ligne éditoriale par quelque diagramme que ce soit, tel est le souhait des locataires du 27 rue Jacob pour une presse aux ambitions retrouvées. L’appel est lancé…. et il semblerait qu’il soit entendu.

(…)

Si la vente au numéro et l’abonnement tenaient lieu de standard il y a encore vingt ans, le web 2.0 a redistribué les cartes et, désormais, chacun expérimente, tâtonne, développe.

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Aucun mode d’emploi, aucune stratégie de référence… les responsables des rédactions et les porteurs de projets expérimentent et conçoivent sans réel repère. Et dans cette période de remise en question, l’un des acteurs majeurs n’est pas encore entré sur scène. S’informer n’est pas synonyme de passivité. C’est une démarche consciente, une prise de décision, une volonté assumée. A ce titre le citoyen doit avoir la capacité et la volonté de s’impliquer dans les débats actuels et, qui sait, permettre l’émergence de nouveaux modèles… »

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Marianne 6 février 2013

« La presse est morte, vive la presse ! »

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ans l’hebdomadaire Marianne du 2 février, Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction et responsable des pages cultures et idées, revient sur le manifeste de XXI. Extraits.

«Les bas-empires décadents ont leur charme héroïque aussi, propice aux plus spectaculaires retours aux fondements, preuve par le manifeste publié par le trimestriel XXI, « Un autre journalisme est possible », qui suscite certaines aigreurs au sein de la corporation depuis début janvier.

Passons sur le triomphalisme un peu pénible des deux signataires fondateurs, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, qui trouvent là l’occasion de sermonner l’ensemble de leurs confrères, cinq ans après le lancement de leur revue. Après tout, c’est de bonne guerre, peu de gens misaient alors sur leur affaire, spécialisée dans le long format old school et garantie sans pubs de sacs à main Vuitton, ni «applis» Internet bidons.

(…)

Passons sur tout cela, oui, tant l’esprit même du «manifeste XXI» se révèle salutaire. Aucun titre de presse ne survivra s’il ne recrée un puissant désir chez son lecteur, pour le dire simplement. Avec ses offres d’abonnement à 1€ par mois, ses sujets rabâchés, ses mots estropiés et ses couvertures copiées-collées, la plupart des newsmagazines représentent aujourd’hui jusqu’à la caricature la formule de Lacan sur l’amour : « Offrir à quelqu’un qui n’en veut pas quelque chose que l’on n’a pas. » Ce n’est pas ainsi que revivra la presse face à la concurrence d’Internet et à ses dépêches réplicantes fournies par Google, mais en cultivant au contraire ce qui la rend irremplaçable, le mot juste, l’obstination factuelle, les signatures identifiées des journalistes, qui seules instaurent un véritable lien avec le lecteur (…). »

Lire l’article en intégralité en cliquant sur l’image ci-dessous :


RFI 3 février 2013

« Un magazine français résiste à l’assaut d’Internet »

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imanche 20 janvier, XXI fêtait ses cinq ans d’existence en ouvrant ses portes aux lecteurs. Ce jour-là, Alison Hird, journaliste pour l’antenne anglophone de RFI, se trouvait parmi eux au 27 rue Jacob. Découvrez son reportage sur la revue, en anglais :

RPT FRA XXI for internet

(05:09)

RFI English, le 24/01/2013