Camés sur ordonnances

Cette enquête a démarré par hasard. Pour le numéro 14 de la revue 6Mois, j’ai travaillé avec le photographe Rip Hopkins sur les portraits de Canadiens qu’il avait réalisés. « Ils semblent sincèrement heureux, ce qui est embêtant d’un point de vue journalistique parce qu’il y a peu de choses à se mettre sous la dent », me raconte alors Rip Hopkins au téléphone. Puis il glisse : « Enfin, ils ont le fentanyl. » Je n’avais jamais entendu ce mot, « fentanyl », alors j’ai fait comme tout le monde, je l’ai tapé dans la barre de recherche. Je suis tombé sur des articles en anglais. J’ai d’abord voulu aller voir au Canada, où l’épidémie ravage les villes et les campagnes, mais les chiffres de morts par overdose aux États-Unis étaient encore plus importants. J’ai passé dix-huit jours sur place, à errer sur les trottoirs de Cincinnati, de Covington et de Dayton. Je n’avais encore jamais vu personne se piquer en pleine rue.