Jérôme, le petit paysan

Ce récit est né lors des Rendez-vous de juillet, le festival organisé par XXI à Autun, en Bourgogne. Pendant trois jours, nous avons tenté d’expliquer combien les journalistes avaient besoin de leurs lecteurs pour raconter les histoires injustement oubliées. Un agriculteur est venu nous tirer par la manche : « Vous avez entendu parler de cet éleveur abattu par les gendarmes en Saône-et-Loire ? » Non.
Quelques semaines plus tard, à Mâcon, j’assiste à la veillée organisée par la famille de Jérôme Laronze chaque mois depuis sa mort. Un rassemblement hétéroclite de militants des droits de l’homme, de proches, d’indignés et de paysans en colère. Parmi eux, des éleveurs du Sud-Ouest en guerre contre le puçage électronique de leurs brebis, un vétérinaire amateur de médecine douce ou encore un éleveur surendetté poursuivi pour maltraitance animale parce qu’il n’a pas les moyens d’acheter du fourrage de bonne qualité.
La suite est une succession de journées passées à quadriller la Saône-et-Loire à la rencontre des gens liés à l’affairede près ou de loin. Du côté des services sanitaires, de la justice et des gendarmes, c’est silence radio. Pour contrer leur mutisme, il faut partir à la pêche aux témoignages à travers les vignes et les prés. Une plongée éprouvante dans un monde agricole plein de larmes. Un jour, l’un de mes interlocuteurs a appris le suicide d’un agriculteur en plein entretien.