Le Coran de sang

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Le protocole est toujours le même, du moins avec les gens importants. D’abord, une fois franchis les checkpoints, on attend. On attend longtemps. Cette attente est ponctuée de petites verres de thé très sucré qu’apportent de jeunes hommes zélés, plus rarement de jeunes femmes. Au début je ne me suis pas méfié ; le deuxième jour, j’ai apporté un livre pour tuer le temps, le troisième, j’ai laissé le livre à l’hôtel parce que le temps, en Irak, c’est dommage de le tuer, mieux vaut le laisser vivre et en éprouver l’épaisseur millénaire – on nous le rappellera souvent, qu’on est dans un pays qui a sept mille ans d’histoire derrière lui et à peu près tout inventé, à commencer par l’écriture. Vient enfin le moment où on vous introduit dans le saint des saints. L’importance de l’important qu’il soit politique ou religieux se mesure à apparocher, à la distance qui sépare ce bureau de la porte et au nombre de gigantesques canapés poussés contre les murs, les uns en face des autres, très loin les uns des autres, en sorte qu’il faut parler très fort pour se faire entendre de son vis-à-vis.