L’oasis de Kaboul

5 Kaboul

Le taxi sort du tunnel. Assise à l’arrière, Orzala* s’autorise enfin à dégager son visage rond, harmonieux, et sa bouche charnue rouge grenade. Le passage souterrain marque une frontière invisible. La jeune femme de 21 ans entame son lent effeuillage à mesure qu’elle laisse, derrière elle, sa famille et sa ville, la très conservatrice Jalalabad, à l’est de l’Afghanistan. Après s’être dépêtrée de sa burqa vert olive et l’avoir roulée à ses pieds, elle dézippe un manteau léger et noue un voile clair autour de sa tête, qu’elle passera son trajet à réajuster machinalement, au moindre let d’air s’engouffrant dans la voiture.

Des plaines parcourues par des moutons noirs succèdent aux canyons couleur sable. De temps en temps surgit la carcasse d’un camion calciné, témoin d’affrontements passés. Après trois heures de route, la cuvette poussiéreuse de Kaboul se dessine, cerclée de monts enneigés. La capitale afghane est paralysée par les embouteillages. Immobilisés, les automobilistes lancent des regards apeurés, comme s’ils étaient pris au piège. Les taliban viennent de lancer le matin même une énième roquette sur le centre-ville. La veille, une attaque contre une mosquée chiite de la ville a tué 56 fidèles.