Un roi fainéant

Je n’étais pas revenu au Mali depuis cinq ans. En 2013, j’avais passé plusieurs semaines dans le Nord du pays, à Gap puis Tombouctou, villes qui venaient d’être libérées du joug djihadiste par l’intervention des forces françaises appuyées par les forces africaines. Le coup d’état de mars 2012 par le capitaine Sanogo (dont le procès a été à quatre reprises ajourné) avait fini de déstabiliser le pays et provoqué l’effrondement du Nord. Les putschistes, qui voulaient « restaurer » le moral de l’armée, furent en quelque sorte les artisans de la défaite finale.
Cinq ans plus tard, me voilà de retour à Bamako, afin d’enquêter sur un homme fêté lors de son accession au pouvoir en 2013 et aujourd’hui décrié et moqué par la rue pour son somnanbulisme et son népotisme. Ce qui me frappe d’abord, c’est la fièvre de construction dans le quartier des affaires ACI 2000 et les publicités sur des panneaux 4 x 3 pour des restaurants « chics » que seuls les expatriés peuvent se payer.
Une microsociété composée de diplomates, de représentants des Nations unies et d’humanitaires étrangers semble vivre à « côté » de la population de plus en plus misérable. Le Mali est classé au 187ème rang mondial sur 196, selon l’indice du développement humain.
Cinq des vingt personnes interrogées pour ce portrait, commencé en janvier, ont requis l’anonymat. Plusieurs personnalités ont refusé de me parler ou n’ont jamais répondu à mes sollicitations, malgré les relances.
Celles qui se sont exprimées l’ont fait de manière transparente, avec une grande liberté de parole.